Intervention publique

Discours de Roch-Olivier Maistre aux rencontres de la SCAM le 20 novembre 2019

Publié le

Ouverture des rencontres de la SCAM – Territoires et création #4
20 novembre 2019

Seul le prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Mesdames et messieurs les élus,

Madame la présidente, Monsieur le directeur général, 

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Merci à la SCAM, à sa présidente et à son directeur général de leur invitation à ouvrir ces quatrièmes rencontres de la SCAM, « Territoires et création ». Au fil des ans, ces rencontres se sont imposées comme l’un des principaux espaces de débat sur la dimension territoriale des enjeux qui se posent aux médias audiovisuels ; et cette quatrième édition ne devrait pas déroger à la règle.

L’année 2019 aura été, dans tous les compartiments de l’action publique, l’heure des premiers bilans de la réforme territoriale de 2015 ; ma maison d’origine, la Cour des comptes, a présenté cet automne plusieurs rapports dressant un premier bilan des fusions de région, mais les conséquences de cette réforme pour les politiques culturelles n’ont été qu’assez peu évoquées. La première table-ronde de l’après-midi sera l’occasion d’y remédier.

Et puis l’année 2019 aura aussi été marquée par la signature, en juillet, du Pacte de visibilité des Outre-mer, faisant suite à de nombreux travaux parlementaires. Tandis que s’impose l’idée d’une présence accrue des entreprises de l’audiovisuel public dans les régions – je vais y revenir – ce sera le sujet de la deuxième table-ronde de l’après-midi.

On le voit avec ces thèmes que vous avez retenus pour cette demi-journée : alors que la dimension territoriale des politiques audiovisuelles a parfois été négligée, si ce n’est occultée, elle occupe aujourd’hui le devant de la scène.

Il était donc naturel que le CSA soit présent cet après-midi. D’autant plus que, grâce aux seize comités territoriaux de l’audiovisuel (CTA), nous sommes l’un des seuls régulateurs à disposer d’un maillage régional, d’un réseau en prise avec les opérateurs locaux, que j’ai entrepris de visiter depuis ma prise de fonctions. On me dit aussi que c’est la première fois que le CSA participe à ces rencontres de la SCAM, il était donc plus que temps de réparer cet oubli.

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1. Comme j’ai eu l’occasion de l’indiquer lors des assises des télévisions locales, à Tours en juin, ma conviction est que le besoin de proximité est extrêmement fort, extrêmement structurant

Certes, la transition numérique se traduit par l’émergence d’acteurs internationaux très puissants, de Netflix à Facebook en passant par Google : au CSA, nous apprenons à les connaître, puisque la loi étend peu à peu nos missions aux plateformes de vidéo à la demande, aux plateformes de partages de vidéo et, plus largement, aux plateformes de contenus. Mais, à l’évidence, même sur ces plateformes, on cherche aussi de l’information locale, des contenus locaux : ce qu’on a pu appeler la « prise de parole localisée [1] », très prisée des 18-34 ans.

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2. Face à ce besoin de proximité, les médias audiovisuels, publics comme privés, sont en mouvement. C’est évidemment le cas pour les plus de mille radios du pays, qui forment un paysage très diversifié et pluraliste ; et c’est aussi le cas pour les médias télévisuels.

S’agissant de l’audiovisuel public, le renforcement de l’offre de proximité est l’un des principaux axes de sa transformation, comme l’a annoncé le Gouvernement l’année dernière, et le groupe France télévisions est en initiative. J’évoquais, à l’instant, la signature du Pacte de visibilité des Outre-mer, qui représente une étape très importante pour la présence de ces territoires sur les différentes antennes et les différents supports. Le CSA participe, comme observateur, au comité de suivi qui a été récemment constitué ; il sera vigilant quant au respect des engagements pris.

En métropole, par ailleurs, la part des programmes régionaux de France 3 tend à accroître. Les partenariats avec les conseils régionaux, concrétisés par les contrats d’objectifs et de moyens (COM), se développent, avec des projets innovants et précurseurs tels que NoA, que j’ai pu découvrir au printemps à Bordeaux. Et, surtout, le rapprochement entre les réseaux de France 3 et de France bleu est engagé, autour des matinales communes expérimentées depuis janvier, en déploiement progressif. L’enjeu, à moyen terme, est de bâtir un média global de proximité, fortement présent sur les services numériques. Pour les deux entreprises et la future France Médias, le défi est important, c’est certain ; mais je suis convaincu que l’offre de proximité est une des raisons d’être du service public et, accessoirement, de son financement par l’impôt.

S’agissant des télévisions locales privées – qui comporte 43 services autorisés en métropole et 16 dans les Outre-mer[2], le secteur connait, lui aussi, de nombreuses évolutions. Christophe Musset aura l’occasion de revenir, cet après-midi, sur le réseau Vià, créé l’année dernière, et caractérisé par la diffusion de programmes et de séquences publicitaires communes. Il faut aussi mentionner l’intérêt accru des grands opérateurs nationaux qui recommencent, depuis quelques temps, à miser sur les offres locales, si ce n’est à amorcer un mouvement de consolidation. C’est une évolution à laquelle nous sommes naturellement très attentifs, notamment au titre des compétences d’agrément des modifications capitalistiques que nous donne la loi, et au regard de l’objectif de pluralisme qu’elle fixe.

En tout état de cause, la situation du secteur reste fragile, et demeure étroitement dépendante de l’engagement financier des collectivités territoriales. Notre rapport annuel, qui comporte depuis la loi de 2013 des données agrégées sur les moyens de financement des chaînes locales, en témoigne. Et les travaux que nous menons, au CSA, dans le cadre du groupe de travail présidé par Nathalie Sonnac le confirment.

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3. Dans ce contexte, les évolutions législatives à venir peuvent être l’occasion d’adopter des mesures venant au soutien de cet écosystème.

Etape très importante, le projet de loi audiovisuelle annoncé par le Gouvernement devrait être présenté début décembre en conseil des ministres, avant sa discussion au Parlement au début de l’année prochaine. Le collège du CSA a récemment rendu son avis au ministre, comme le veut la loi. Il sera prochainement rendu public, mais je peux d’ores et déjà vous dire que nous y formulons plusieurs propositions en faveur des télévisions locales. Des propositions visant à faciliter leur reprise par les distributeurs, ainsi que leur visibilité dans les offres.

Sur ce point, le CSA propose ainsi que la loi pose une obligation, pour l’ensemble des distributeurs, de mettre en œuvre une mesure de géolocalisation des box, sous réserve naturellement de sa faisabilité technique. Cette préconisation se place dans le prolongement de notre délibération du 15 février 2017 sur la numérotation, qui suggérait déjà la mise en place d’une mosaïque sur le canal 30, ou de toute autre mesure appropriée.

Et, de la même façon, le CSA suggère aussi que les distributeurs proposent à leurs abonnés, par défaut, les déclinaisons géographiques de France 3 correspondant à leur lieu de résidence : concrètement, il s’agit de permettre au téléspectateur d’accéder au programme régional qui lui correspond via la touche « 3 ». C’est une demande récurrente du groupe France télévisions, que le CSA reprend dans son avis.

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4. Outre cet enjeu de visibilité des offres, un autre enjeu pour les années à venir réside dans la confortation de filières de création et de production en région

Notre quatrième étude sur le tissu économique de la production audiovisuelle, qui sera finalisée dans les prochaines semaines, comportera un focus sur les industries techniques, et en particulier les prestataires techniques en région.

Elle montre que 20 % des prestataires techniques et 30 % des plus de 4 000 entreprises de production audiovisuelle sont aujourd’hui implantées en région, avec quatre régions en regroupant la majorité : Auvergne-Rhône-Alpes, Pays de la Loire, Nouvelle-Aquitaine et Occitanie.

Depuis 2000, grâce aux dispositifs de soutien mis en place par le CNC et les conseils régionaux, ou encore grâce au tournage de nouvelles séries récurrentes, le nombre d’entreprises est en croissance constante, même si on observe un léger ralentissement depuis 2009. Désormais, le nombre de fictions (unitaires et séries) tournées en région est supérieur à celui des longs-métrages. Des régions tirent leur épingle du jeu, comme Provence-Alpes-Côte-d’Azur, qui a multiplié par 5 le nombre de sociétés de production dans cette période, ou encore les Hauts-de-France et l’Occitanie, grâce aux plateaux de Sète et Vendargues.

Globalement, le constat que nous faisons est celui d’une structuration croissante des filières de production audiovisuelle en régions, même si ce mouvement est inégal et hétérogène, assez différencié selon les territoires.

C’est une évolution tout à fait encourageante, qu’il faudra suivre dans les prochaines années. Car elle peut constituer, et j’en terminerai par là, une véritable opportunité pour la création, et pour la structuration de véritables filières de création.

Je sais que c’est un objectif auquel la SCAM est attachée, et ce sera sans doute un des aspects importants des débats de cet après-midi. Des débats auxquels, dans plus tarder, je laisse à présent la place.

Merci de votre attention.


[1] Cf. l’enquête de la Knight Foundation menée auprès de 357 chaînes locales aux Etats-Unis, citée par François Fluhr, « TV : le local et l’hyperlocal ont de beaux jours devant eux », Méta-Media, 2018

[2] Au 31 décembre 2018, source RA.