Les téléviseurs connectés : une chance pour la télévision

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Le CSA a organisé un colloque sur les téléviseurs connectés, le 28 avril dernier, au musée du quai Branly. La manifestation a connu un vif succès puisqu'elle a rassemblé plus de 500 personnes sur l'ensemble de la journée.




Introduction

Le CSA a organisé un colloque sur les téléviseurs connectés, le 28 avril dernier, au musée du quai Branly. La manifestation a connu un vif succès puisqu'elle a rassemblé plus de 500 personnes sur l'ensemble de la journée.

Le colloque visait à mieux apprécier les conséquences du développement des téléviseurs connectés sur l'ensemble du secteur audiovisuel, grâce à trois tables rondes consacrées à la place des acteurs de l'audiovisuel, à la façon de réguler les contenus et au financement de la création et de la production audiovisuelle. Il a permis aux dirigeants des principaux groupes audiovisuels français, fournisseurs d'accès à internet, fabricants de téléviseurs ou fournisseurs de contenus sur internet de s'exprimer. Le président du Conseil, Michel Boyon, a présenté sa vision de cette nouvelle technologie, tandis que le ministre de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique et le ministre de la culture et de la communication ont respectivement ouvert et clos le colloque.

Le Conseil remercie l'ensemble des intervenants, en particulier les ministres et les présidents de tables rondes, ainsi que tous les participants qui ont permis de faire de cette manifestation un succès.

 
Un téléviseur connecté est un téléviseur permettant une connexion directe à internet (par Wifi ou par un port Ethernet) ou indirecte par l'intermédiaire d'un boîtier connecté à internet (consoles de jeux…). Internet constitue ainsi une nouvelle source de contenus sur les téléviseurs.

Les chiffres mettent en évidence une croissance de 75 % entre 2009 et 2010 du nombre des téléviseurs connectables vendus en France. Ainsi, il s'est vendu, selon le Syndicat des industries de matériels audiovisuels électroniques (Simavelec), 8,5 millions de téléviseurs en France en 2010, ce qui constitue un record. Sur ce total, 775 000 étaient connectables à internet, soit 10 %. Toutefois, des estimations indiquent que seuls 25 % des téléviseurs connectables seraient effectivement connectés à internet. En 2009, 440 000 téléviseurs connectables ont été vendus. En 2011, le Simavelec s'attend à des ventes de près de 9 millions de postes, dont 2,65 millions seraient connectables, soit près de 30 %.

Le phénomène n'est bien entendu pas limité à la France. Il s'est vendu 2 millions de téléviseurs connectables en Allemagne en 2010, soit 22 % du total des ventes, notamment grâce au succès commercial de la norme technique Hybrid Broadcast Broadband TV (HbbTV). En Grande-Bretagne, sur les 9,8 millions de postes commercialisés, 2 millions étaient connectables, soit 20 %. Aux États-Unis, la même tendance se dessine, puisqu'en 2010 le nombre de téléviseurs connectables aurait atteint 21 % du total des téléviseurs vendus.
 

 
Consultez les interventions du colloque en vidéo.



De multiples répercussions

Les téléviseurs connectés permettent d'accéder à internet sur le « récepteur du salon ». Cette évolution a de multiples répercussions. On passe d'un modèle fondé sur l'offre à un modèle fondé sur la demande, de la linéarité au libre choix (on parle de « désintermédiation »), d'une offre limitée à une offre surabondante et, enfin, d'un espace de la télévision intrinsèquement « national » à un espace sans frontières.
 
Si le succès des téléviseurs connectables se confirme et s'ils sont effectivement connectés à internet, l'évolution en profondeur du paysage audiovisuel sera inéluctable. Elle amènera alors à repenser le modèle économique de l'a udiovisuel. 

Plusieurs questions apparaissent déjà :

- Quelle sera l'ampleur de l'évolution ?

- Comment assurer le financement de la création dans un contexte de « désintermédiation » ?

- Comment garantir une régulation homogène sur tous les supports ?

Les enseignements du colloque

Le colloque était articulé autour de trois tables rondes :

- Quelle place pour les acteurs de l'audiovisuel (éditeurs et distributeurs) dans le contexte du développement des téléviseurs connectés ?

- Quels sont les nouveaux enjeux de la régulation des contenus ?

- Quel financement de la création à l'heure des téléviseurs connectés ?
 
La première table ronde, présidée par Emmanuel Gabla, membre du Conseil, s'est tenue après la présentation de cadrage d'un expert de l'Institut de l'audiovisuel et des télécommunications en Europe - Idate), Gilles Fontaine, qui a décrit les nouvelles fonctionnalités proposées par les téléviseurs connectés, les contenus disponibles, les usages ainsi que les principaux risques et opportunités pour les acteurs.
 
Au cours de cette table ronde, Nicolas de Tavernost (M6), Laurent Sorbier (Myskreen), Jacques Mollet (Samsung France), Matteo Maggiore (BBC), Pierre Danon (Complétel-Numericable), Alain Weill (NextradioTV), Xavier Couture (Orange) et Vincent Dureau (Google) ont exposé les principales tendances qui se dessinent.
 
De nouveaux acteurs arrivent sur le marché : YouTube et Dailymotion investissent le téléviseur principal. L'abondance de l'offre gratuite légale rend nécessaires de nouvelles formes de recherche qui permettent à des acteurs comme Myskreen de se positionner ou à Google de lancer sa Google TV. Ces nouveaux services pourraient jouer un rôle de prescripteur pour les téléspectateurs. Enfin, les tablettes électroniques, toutes connectées, facilitent voire autorisent la consultation de contenus audiovisuels en mobilité.
 
Les fabricants de téléviseurs, jusqu'à présent cantonnés à la vente de matériels, sont à même de remonter la chaîne de valeur et de créer un lien durable avec leurs clients : ainsi Samsung a lancé son magasin d'applications, Sony un service de vidéos à la demande. Certains nouent même des accords exclusifs avec des fournisseurs de contenus.
 
Les chaînes de télévision traditionnelles réagissent rapidement : elles participent au lancement de la norme HbbTV, s'associent en signant une Charte des éditeurs ou proposent de nouveaux services qui préfigurent les chaînes de demain (My TF1, IPlayer de la BBC, M6 Replay…). De plus, certaines utilisent les nouvelles plateformes comme vecteurs de leurs contenus sur internet (BFM TV, Gulli, Direct 8, Arte…).
 
Les fournisseurs d'accès à internet seront peut-être conduits à repenser leurs offres multiservices. Certains ont déjà lancé des boîtiers de nouvelle génération. 
 

La deuxième table ronde, présidée par Marc Janssen, président du CSA de la communauté française de Belgique, a donné la parole à Xavier Spender (Association des chaînes conventionnées éditrices de services - ACCeS), Martin Rogard (Dailymotion), Michel Brian (LG France), Nonce Paolini (TF1), Jérémie Manigne (SFR), Nicolas Curien (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes - ARCEP), Jean-Christophe Thiery (Bolloré Média) et Reine-Claude Mader (Association Consommation, logement et cadre de vie - CLCV).
 
Les débats ont mis en évidence l'importance d'une régulation adaptée afin de protéger les consommateurs. Des nouvelles méthodes de régulation comme l'autorégulation ou la corégulation pourraient être explorées.
 
 
Enfin, la troisième table ronde, présidée par Éric Garandeau, président du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), a fait participer Jacques Toubon (délégué de la France pour la fiscalité des biens et services culturels), Pascal Rogard (Société des auteurs et compositeurs dramatiques - SACD), Rémy Pflimlin (France Télévisions), Frédéric Goldsmith (Association des producteurs de films - APC), Bertrand Méheut (Canal+), Maxime Lombardini (Free), Marc Teissier (Vidéo Futur), Jean-Paul Baudecroux (NRJ Group) et Philippe Citroën (Sony France).
 
Alors qu'avec le développement des téléviseurs connectés, de nouveaux acteurs établis hors de France sont en mesure de s'a ffranchir des règles en vigueur, il apparaît déterminant de réfléchir aux mécanismes permettant d'assurer un financement pérenne de la création.
 

 

Quelle intervention possible du régulateur et des pouvoirs publics ?

Pour le Conseil supérieur de l'audiovisuel, l'un des objectifs est -de protéger le grand public contre un certain nombre de dérives et de permettre aux éditeurs et aux créateurs d'évoluer dans un contexte concurrentiel équilibré, conformément aux missions qui lui sont confiées par la loi.
 
Le mariage de la télévision et d'internet est ancien. Depuis plusieurs années, le CSA a des compétences dans le domaine de l'i nternet : régulation des radios et des télévisions sur internet ; depuis 2009, régulation des services de médias audiovisuels à la demande, y compris ceux qui sont disponibles sur internet ; le 12 avril dernier, le Conseil a adopté des propositions d'avenants aux conventions des chaînes de la TNT pour les données associées diffusées sur les téléviseurs connectés.
 
La télévision connectée ne doit donc pas faire peur, comme l'a rappelé Michel Boyon en conclusion du colloque, tout simplement parce qu'elle est un progrès. Elle l'est pour le téléspectateur à qui elle permet d'accéder, dans de bonnes conditions, à plus d'i mages et de services, ainsi qu'à une offre plus diversifiée. Elle est aussi un progrès pour les chaînes de télévision et plus largement pour la dynamique de la plateforme hertzienne terrestre, dans la mesure où elle pourrait notamment permettre aux produits de la filière de la création française d'être regardés dans le monde entier.
 
Dans ce contexte, la question qui se pose est de savoir s'il est nécessaire de réguler les flux arrivant par les téléviseurs connectés. Pour le Conseil, cette régulation apparaît indispensable, même si elle doit être différente de la régulation de l'audiovisuel classique. Il existe un corpus de règles consensuelles qui doivent s'imposer quel que soit le support : protection des jeunes publics, lutte contre le racisme et l'a ntisémitisme, lutte contre les discriminations, protection des données personnelles, règles minimales en ce qui concerne la publicité, etc. Ce corpus pourrait être une cible de régulation.
 
La méthode de régulation devrait bien entendu être adaptée à l'a mpleur et au caractère mondial des contenus à réguler. Il est nécessaire que la régulation repose en premier ressort sur les professionnels eux-mêmes, dans le cadre d'une instance d'a utorégulation. Ils doivent en quelque sorte être les « juges de première instance » de ce que l'on peut faire et ce que l' on ne peut pas faire. Il appartiendra ensuite à une autorité publique, telle que le Conseil, de fixer un socle minimal de règles et de s'assurer que l'autorégulation par les professionnels s'exerce sans manquement.
 
Pour le reste, personne n'est en mesure de dire avec précision ce que sera l'usage réel du téléviseur connecté de demain. Le marché décidera du pourcentage de téléviseurs connectables qui seront achetés, même s'il est probable qu'il sera très élevé. Ce seront ensuite les téléspectateurs qui décideront de connecter effectivement leur téléviseur, et de choisir les usages qu'ils en feront.

Le colloque a été l'occasion pour les ministres d'annoncer le lancement d'une mission de réflexion sur les téléviseurs connectés à internet, confiée à MM. Philippe Levrier, Marc Tessier, Martin Rogard, Takis Candilis et Jérémie Magnine. Les conclusions de cette mission sont attendues pour le mois de septembre 2011.

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Un espace de démonstration de téléviseurs connectés
 
À l'occasion du colloque du CSA, un espace de démonstration a été organisé avec l'aide du HD Forum, présidé par Jean-Pierre Lacotte. Il a permis de présenter le large éventail des fonctionnalités que peut dès aujourd'hui offrir un téléviseur connecté. Ainsi, les magasins d'applications proposés par les constructeurs de téléviseurs présents, Sony, LG, Samsung et Panasonic, ouvrent l'accès aux services de télévision de rattrapage ou de vidéo à la demande, mais aussi plus largement à des services interactifs, adaptation de l'internet au téléviseur et à sa télécommande. Les chaînes de télévision, représentées par TF1, France Télévisions, Canal+ et NRJ12, préparent également activement la sortie de nouveaux téléviseurs dits « hybrides », compatibles avec la norme HbbTV. Elles ont présenté leurs services pilotes, préfiguration de leurs futurs services interactifs, qui permettront aux téléspectateurs de consulter des données enrichissant les programmes de télévision traditionnels. Enfin, la société d'origine nantaise WizTiVi a présenté le résultat de l'accompagnement des éditeurs dans la création de leurs services interactifs à destination des téléviseurs, notamment par la déclinaison d'un même service sur l' ensemble des plateformes interactives des téléviseurs connectés.

Consultez les interventions du colloque en vidéo.