Langue française - «Habemus papam» : le latin, une langue vivante

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Nombre de locutions, d’expressions et de noms couramment employés dans les médias sont d’origine latine. Ils servent même parfois à désigner de nouveaux concepts.

L’actualité religieuse a remis un instant le latin à l’honneur. En effet, un titre au bas de l’écran de télévision, est apparu en latin : « Habemus papam », « Nous avons un pape », mercredi 13 mars.

Voilà une langue qui s’affiche très rarement. Le latin serait-il pour autant réservé au domaine religieux ? Non. Nombre de locutions, d’expressions et de noms couramment employés dans les médias sont d’origine latine. Régulièrement, on entend cumulus dans le bulletin météorologique, référendum et veto, plutôt en politique, curriculum vitae dans le monde du travail, aléa, de facto, ex aequo, sine qua non, a priori, dans le français courant, et cætera. Les téléspectateurs et auditeurs attentifs dénoncent souvent l’abus d’anglicismes, à juste titre. Or, certains mots latins ont connu une renaissance grâce à leur emploi pour nommer de nouveaux concepts.

Forum : quand un mot latin se substitue à un anglicisme

Dans l’Antiquité, le forum était, au sens général, la place publique où les citoyens romains se réunissaient pour traiter d’affaires politiques et économiques, pour marchander. Attesté en 1757, c’est au 20e siècle que le mot va trouver de nouveaux sens : « réunion où l’on débat d’un sujet », en 1955, et récemment dans le domaine de l’informatique et des nouvelles technologies, « espace virtuel consacré à l’échange de messages écrits, à des discussions sur des sujets particuliers ». Le for intérieur, quant à lui, vient de forum au sens de « tribunal de la conscience ».

Soulignons que forum est le mot officiellement recommandé par le gouvernement français pour remplacer l’anglicisme newsgroup. Belle avancée du latin sur l’anglais ! Il faudrait quelquefois avoir recours au latin pour remplacer des anglicismes, car les utilisateurs l’adoptent volontiers.

Consensus ou statu quo ?

Voilà un autre mot latin prisé aujourd’hui dans le domaine politique et social. Cette forme latine a eu dès l’origine le sens d’accord (du verbe consentire, « être du même sentiment, être d’accord »). Le mot s’est appliqué, en tant que terme de physiologie, aux diverses parties du corps, équivalent de sympathie (Littré, 19e siècle). Le Grand Larousse du 20e siècle l’atteste en 1866 et donne le même sens : « accord de plusieurs organes dans l’accomplissement d’une fonction vitale » et parle de consensus vital. À peu près à la même époque, des travaux de sociologie, relatifs aux aspects de la réalité sociale, l’utilisent dans le sens d’accord : consensus social.

Mais c’est vers les années 70 qu’il prend le sens plus politique que nous lui connaissons actuellement d’« accord social conforme aux vœux de la majorité », puis « opinion d’une forte majorité » : obtenir un large consensus. Au sein des membres d'un groupe, le consensus permet de prendre une décision sans vote préalable. On parle même très fréquemment d’un homme ou d’une femme de consensus. Plus récemment, « consensus absolu » ou « consensus parfait » désigne un accord qui requiert l’unanimité.

Ce qui peut s’opposer au consensus est le statu quo, quand la situation initiale reste figée. Très fréquemment utilisé, statu quo est l’abréviation de la locution latine in statu quo ante, « dans l’état où les choses (étaient) auparavant ». Attestée en 1764, elle désigne la situation des choses à un moment donné. On maintient un statu quo, on rétablit un statu quo, on revient au statu quo ou, tout simplement, statu quo, pour signifier que rien n’évolue.

Non, la langue française n’a pas perdu son latin… Heureusement, son avenir en dépend. L’anglais gagne du terrain. Or, le fait pour la langue française d’appartenir à la latinité au même titre que l’espagnol, le portugais, l’italien, le roumain, le catalan et plusieurs dialectes, lui confère un enracinement, voire une pérennité.