Langue française - Des calanques marseillaises aux calendes grecques…

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Une réforme « reportée aux calanques » ? « Renvoyée aux calendes » ? Éclairage sur une expression devenue bien mystérieuse…

Le Conseil relève fréquemment l’emploi de mots ou d’expressions dont le sens est dénaturé. On a ainsi pu entendre récemment que la réforme était « renvoyée aux calanques » : souvenir de vacances passées sur la côte ou la réforme est-elle vraiment tombée à l’eau ? On a aussi relevé que ladite réforme « était reportée aux calendes ».
Pour les Romains, le jour des calendes (d’où vient le mot « calendrier ») était le premier jour du mois. Ils ne numérotaient pas les jours séquentiellement mais comptaient le nombre de jours qui les séparaient de trois points fixes dans le mois : les calendes, les nones (9 jours avant les ides) et les ides (13e ou 15e jour selon les mois).
Aux calendes, les débiteurs devaient rembourser leurs dettes. « Payer aux calendes grecques » signifiait qu’ils ne paieraient jamais, les calendes n’existant pas dans le calendrier grec. D’après l’écrivain latin Suétone, cette expression a été employée pour la première fois par l’empereur Auguste au sujet des mauvais payeurs.

Jours fictifs

« Renvoyer » ou « reporter aux calendes grecques », ce n’est pas repousser à une date ultérieure, indéterminée, plus ou moins lointaine ; c’est la renvoyer à un temps qui ne viendra jamais comme « quand les poules auront des dents », expression que les Anglais connaissent sous la forme « when pigs fly, quand les cochons voleront » ou encore comme « à Pâques ou à la Trinité ».
Au XIIIe siècle, la date butoir pour le recouvrement des dettes des rois de France était notée dans des ordonnances par les souverains eux-mêmes. Hélas, Pâques célébré, puis huit semaines plus tard, la fête de la Trinité passée, les créances n’étaient toujours pas honorées. Ces échéances devinrent peu à peu illusoires et les dettes non soldées furent considérées comme perdues. « À Pâques ou à la Trinité » devint dès lors une expression utilisée pour signifier « à une date inexistante ».
Autre jour fictif du calendrier : la Saint-Glinglin ! Dans le langage courant, « être payé à la Saint-Glinglin » signifie ne jamais être payé. Un tribunal facétieux a fixé la date de la Saint-Glinglin au jour de la Toussaint. En effet, un débiteur particulièrement astucieux s'était engagé à rembourser son créancier le jour de la Saint-Glinglin. Le créancier ne voyant rien venir finit par porter l'affaire en justice. Le tribunal rendit le jugement suivant : « Attendu que la Saint-Glinglin ne figure pas dans le calendrier mais qu'il existe à la date du 1er novembre une fête collective de tous les saints qui n'ont pu y trouver place ; attendu, en conséquence, qu'il y a lieu de fixer au 1er novembre la date de la Saint-Glinglin ; par ces motifs, contradictoirement et en dernier ressort, condamne le débiteur à payer la somme réclamée avant le 1er novembre ».