Booster : un verbe à tout dire

On connaissait déjà le substantif booster, prononcé [bousteur], mot anglo-américain signifiant accélérateur, employé en astronautique pour désigner le "propulseur externe auxiliaire destiné à accentuer la poussée des engins spatiaux", l'équivalent recommandé par la Commission générale de terminologie et de néologie étant propulseur d'appoint (1). Par ailleurs, dans le vocabulaire audiovisuel, le terme français recommandé pour nommer "l'amplificateur de puissance supplémentaire, notamment pour un véhicule automobile", est le suramplificateur (2).
 
Si le verbe booster, prononcé [bousté], n'est pas encore attesté dans les dictionnaires, il est omniprésent dans les médias audiovisuels et dans la presse écrite. Substantif et verbe sont dérivés de l'anglo-américain boost, cité par Henry Louis Mencken comme mot-valise (3) typique de l'américain (4).
 
Le verbe booster est apparu d'abord en économie, notamment dans le vocabulaire du commerce et de la gestion d'entreprise. La Commission générale de terminologie et de néologie a, dès 2001, recommandé l'équivalent relancer, avec comme définition : "Donner un nouvel élan", et dans des acceptions voisines, doper, accélérer ou stimuler (5).
 
Le mot s'est ensuite échappé du monde économique et a envahi tous les secteurs d'activité. Dernier-né de la néologie branchée des médias, il s'incruste dans la vie de chacun. Il faut booster ses défenses immunitaires, booster sa peau, booster son épargne, utiliser le spray qui booste la couleur des cheveux colorés. En cette fin d'été, tout est affaire de boostage (6).
 
Et pourtant, les verbes et locutions ne manquent pas en français pour exprimer l'idée de "donner une impulsion forte à quelque chose". On peut, selon le contexte et le registre de langue, recourir à l'un des multiples termes suivants : stimuler, augmenter, encourager, amplifier, agrandir, étendre, animer, dynamiser, relancer, faire fructifier, fortifier, doper, donner de l'élan, renforcer, revigorer, accentuer, inciter, promouvoir, réconforter, etc.
 
Dans le même ordre d'idée, le boost, que l'on voit apparaître dans la presse féminine, peut être une impulsion, une relance, un remontant, un fortifiant...
 
De tels emprunts à l'anglo-américain ne concurrencent pas seulement des termes français existants, ils nous font aussi oublier la richesse de notre lexique.
 
Perdre de vue toutes les nuances d'expression que permet cette diversité marque un réel appauvrissement de notre langue, particulièrement dommageable quand l'exemple en est donné par les professionnels de la communication.

 
 

(1) Journal officiel du 18 avril 2001.
(2) Journal officiel du 22 septembre 2000.
(3) Un mot-valise ou mot porte-manteau est un mot formé à partir de deux mots existants ayant une partie commune. Au contraire de la composition ou de la dérivation, dans un mot-valise, les constituants de départ s'étant télescopés ne sont plus reconnaissables.
(4) "Boost (boom+hoist) is a typical American blend", in The American Language, 1921.
(5) Journal officiel du 12 mai 2000.
(6) Au Québec, ce que certains appellent le boostage est en français une recharge de batterie.