Intervention publique

Discours du président Olivier Schrameck lors du lancement de l'opération « Sport féminin toujours » le 5 février 2018

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SF

« Sport féminin toujours »

Madame la Ministre des sports, chère Laura Flessel,

Madame la Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, chère Marlène Schiappa,

Madame Allison Pineau, très chère marraine de notre mobilisation collective, 

Chères collègues, et tout particulièrement à cette occasion, chère Nathalie,

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

C’est pour moi un bonheur d’ouvrir, dans ce haut lieu du sport, résonnant encore des premiers Jeux olympiques de Paris, cette conférence de présentation de l’événement « Sport féminin toujours ». Décidé par la Ministre des Sports dans le cadre de la Conférence permanente du sport féminin, en partenariat avec le CSA, cet événement aura lieu les 10 et 11 février prochains. 

Je suis très heureux de vous retrouver, chère Madame la Ministre, alors que nous avons déjà engagé personnellement un dialogue fructueux, vous qui avez toujours témoigné votre intérêt pour l’action du CSA en faveur de la pratique sportive féminine ; d’abord comme marraine de notre première opération, « les 24 heures du sport féminin », portée par notre ancienne collègue Christine Kelly en janvier 2014, puis comme ambassadrice dans le cadre des « 4 saisons du sport féminin » conçues par notre collègue Nathalie Sonnac. Quelles que soient ses modalités, l’objectif encore amplifié reste le même, essentiel : que l’on puisse parler du sport féminin non seulement un jour mais tout au long de l’année. 

Chère Marlène Schiappa, que je retrouverai dans quelques jours pour convenir d’une action d’ensemble s’inscrivant dans votre mission si importante au sein du gouvernement, c’est pour moi aussi une occasion précieuse de saluer votre engagement ministériel et personnel ; votre volonté d’y associer pleinement la sphère audiovisuelle et votre souci de trouver, dans notre institution, un interlocuteur et un partenaire. 

Vous incarnez la continuité d’un partenariat primordial avec notre mission de promotion des femmes  puisque, déjà lors de la première édition des 24 heures du sport féminin, il y a quatre ans, votre ministère était présent au plus haut niveau au siège même du CSA avec le ministère des sports pour en marquer le lancement. 

Et je rappellerai aussi que vous étiez présente à la préfecture de la Drôme, pour la deuxième saison de l’édition 2017 des « 4 saisons du sport féminin », marquant avec la ministre des Sports l’installation de la Conférence permanente du sport féminin. Enfin, je suis heureux de saluer la marraine de cette opération, Allisson Pineau, en la félicitant personnellement  pour le titre de championne du monde qu’elle a remporté avec l'équipe de France de handball en décembre dernier, devant près de 4,5 millions de téléspectateurs.

Vous incarnez ici toutes ces femmes qui, encore en 2017, ont fait de la France une grande nation sportive.

Je pense notamment à la demi-finale intense et combative en coupe du monde de rugby, autre rencontre suivie par plus de 3 millions de téléspectateurs, et de façon  générale toute la diversité du sport féminin, ainsi le 2ème titre mondial de la judoka Clarisse Agbegnenou ; la médaille d’or et le globe de cristal de Tessa Worley en ski ; la victoire de l’équipe de France de football à la « She Believes Cup »  et son très remarqué quart de finale en coupe d’Europe de l’UEFA… 

Et bien sûr, Madame la Ministre, c’est l’occasion de rendre hommage aux épéistes françaises, championnes d’Europe en équipe à Tblissi en juin dernier. 

Vous avez d’ailleurs, chère Alisson Pineau, déjà manifesté votre attachement à l’audiovisuel pour la promotion des causes d’intérêt collectif puisque dès 2010, vous aviez participé à la campagne « Bien manger, c’est bien jouer » organisée par la Fondation du Sport. 

A l’origine de l’événement qui nous rassemble, vous le savez, s’est manifestée une prise de conscience au travers d’une étude conduite par la mission sport du CSA en 2013. Celle-ci  constatait que le sport féminin ne représentait alors que 7% des programmes de sports diffusés sur les 12 principales chaînes de télévision nationales, gratuites comme payantes, généralistes comme thématiques. 

Il s’agissait d’une situation inacceptable au regard : 

  • de l’importance du sport dans la vie des Françaises, alors que plus d’une Française sur deux est pratiquante régulière ; 
  • de la croissance constante du nombre de licenciées, plus de 20% depuis 2007; 
  • et de l’impact économique considérable de la médiatisation audiovisuelle pour le financement du sport féminin.

Au-delà, et, plus largement, cette sous-exposition était un signal d’alarme parce que le sport, tout particulièrement le sport féminin ainsi maintenu dans l’ombre, est une pierre de touche de la cohésion sociale et de la lutte contre les discriminations : une école d’égalité, d’accomplissement de soi et de respect de l’autre. 

De là, la volonté de rassembler les médias audiovisuels, avec l’appui des pouvoirs publics et du mouvement sportif, pour que lors d’une période déterminée, ceux-ci mettent ostensiblement à l’honneur le sport féminin. 

Dès 2013, la première action de mon mandat, avec le plein assentiment du collège du CSA, fut de créer un groupe de travail spécialement consacré à la promotion comme à la protection des femmes dans une société trop masculine dont nous percevons pleinement aujourd’hui à quel point elle peut être délétère.

Nous nous retrouvons donc depuis 2014, chaque début d’année, pour cette équipée mobilisatrice associant un nombre croissant et une diversité toujours plus grande de médias audiovisuels français et francophones : télévisions et radios, nationales ou locales sans oublier les sites et acteurs de l’internet même si nous souhaiterions, en qualité de régulateur, qu’ils soient plus nombreux à s’associer à l’événement. 

En 2017, pour la première des « quatre saisons » plus d’une trentaine de chaînes de télévision, nationales et locales, gratuites et payantes, et une cinquantaine de radios ont diffusé des compétitions sportives féminines, mais aussi des reportages, des débats, des magazines et des émissions de plateau illustrant le sport féminin. 

Déjà, à la fin de l’année 2014, pour une plage d’observation analogue  à 2012, la proportion de sport féminin avait doublé, passant de 7 à 14%, alors qu’au même moment, les compétitions féminines commençaient à prendre place parmi les meilleures audiences des nouvelles chaînes de la TNT. 

Jalon supplémentaire d’un progrès essentiel, en 2016, sur la base d’une méthodologie nouvelle et approfondie, l’analyse annuelle de l’ensemble des chaînes gratuites ayant diffusé des retransmissions sportives et d’un large échantillon des principales chaînes payantes consacrées en partie ou intégralement au sport, a permis de relever une proportion de sport féminin comprise entre 16 et 20%. 

Toutes ces initiatives ne sont assurément que le début d’un mouvement de fond qu’il faut continuer de stimuler et d’accompagner, notamment dans la perspective des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024.

Nous voulons qu’à ce stade, le sport féminin soit pleinement reconnu dans la beauté de son spectacle comme dans l’intensité des émotions qu’il nous procure collectivement. 

Entre temps nous serons naturellement très attentifs aux conditions d’exposition des mondiaux de football féminin qui auront lieu l’année prochaine. 

La nouvelle opération « Sport féminin toujours » qui se déroulera cette fin de semaine profitera d’ailleurs d’un calendrier sportif très riche. Mais, au-delà des retransmissions de rencontres et de compétions, ce sont toutes les facettes et tous les enjeux du sport féminin qui seront mis en lumière et débattus. Celui de son économie et du cercle naturellement vertueux de financement et de recrutement que favorise une meilleure exposition audiovisuelle ; celui de sa diversité, à travers la découverte de toutes les pratiques et de toutes les disciplines ; celui enfin de sa place dans le mouvement sportif, au regard de la sous-représentation des femmes dans les instances fédérales ou dans les directions techniques et sportives. 

C’est dire à quel point nous apprécions le choix des pouvoirs publics de pérenniser cette mobilisation annuelle du secteur audiovisuel par son inscription dans le cadre de la Conférence permanente du sport féminin, placée sous la responsabilité du gouvernement que vous incarnez toutes deux.

Parallèlement à ce rendez-vous, outre les mesures générales prises par le CSA sur la base du baromètre de la diversité et des indicateurs définis dans notre délibération de février 2015 relative au respect des droits des femmes, nous intensifierons la production d’études sur le sport féminin.  

Je pense par exemple à l’étude sur la diffusion de la pratique sportive féminine que nous venons de mettre en ligne ainsi qu’à celle,  préparée par Nathalie Sonnac, sur « les enjeux et opportunités des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 pour le secteur de l’audiovisuel » et qui insiste notamment sur l’important levier d’exposition du sport féminin que les Jeux pourront constituer. 

Ainsi s’exprime tout naturellement la conception moderne de notre régulation, par l’information, la sensibilisation et la mobilisation volontaire. La régulation a pour vocation d’accompagner et de préfigurer les évolutions de la société reflétées par le paysage audiovisuel en concourant au bien commun. Après avoir rendu un juste hommage à l’énergie mobilisatrice de ma collègue et amie Nathalie Sonnac, qui est en quelque sorte notre porte drapeau, je voudrais affirmer en définitive dans votre sillage à toutes deux, Mesdames les Ministres, notre conviction, notre espoir commun.

« Sport féminin un jour, sport féminin toujours ».