Intervention publique

Discours du président Olivier Schrameck à la conférence de presse du lancement de la campagne -3 ans

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Discours d’Olivier Schrameck, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel, lors de la conférence de presse de lancement de la campagne -3 ans


Madame la Ministre, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Mes chers collègues, Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de vous accueillir au CSA avec ma collègue Carole Bienaimé Besse, à l’énergie et la ténacité appréciées de tous, en préambule du lancement de notre campagne relative à l’exposition des très jeunes enfants aux écrans ; celle-ci sera diffusée sur les chaînes de télévision du 19 au 21 octobre, aux heures de grande écoute. Elle illustre une des missions fondamentales du Conseil supérieur de l’audiovisuel, celle de la protection de la jeunesse, qu’il ne cesse d’approfondir et d’enrichir depuis plusieurs années, en faisant une place centrale à l'information du public.  

Cette action préventive du CSA a d'abord été axée sur l'impact des contenus audiovisuels sur le jeune public, dans ses différentes classes d’âge, à travers la campagne annuelle d’information sur la signalétique jeunesse produite par le CSA depuis 2004. 

Elle s'est doublée à partir de 2008 d'une sensibilisation à l'usage des écrans eux-mêmes, quels que soient les programmes diffusés. Accompagner les adultes en leur donnant des repères d'usage des médias clairs pour protéger les tout-petits, tel est précisément l'objet de la présente campagne produite par les chaînes sous la forme de leur choix (spot, traitement au sein des programmes), à partir des messages délivrés par le CSA. Parmi ceux-ci, une recommandation nette est assumée : pas d'écran avant trois ans. Le ministère de la santé et le CSA ont été parmi les premiers à prendre publiquement cette position, qui peut surprendre dans un univers médiatique foisonnant, mais qui fait aujourd’hui consensus.

Cette réunion est l’occasion pour nous de marquer l’anniversaire de cette action, et votre présence parmi nous, Madame la Ministre, souligne qu’elle puise aux efforts conjugués de nos deux institutions.

C’est en effet il y a dix ans que votre ministère, sur la base d’un avis, de la Direction générale de la Santé du 16 avril 2008, alertait quant aux risques liés à la commercialisation de chaînes étrangères soi-disant « adaptées » aux tout-petits et qui commençaient à viser le marché français. La notion de programme adapté aux moins de trois ans, disait cet avis, n’est pas « pertinente », pire, elle peut s’avérer délétère, par les troubles cognitifs et comportementaux provoqués par l’exposition aux écrans dès le plus jeune âge.

Et c’est ens'appuyant sur cet avis scientifique et sur la consultation d'experts qualifiés (pédiatres, pédopsychiatres, etc.) qui l'avaient alerté, qu’il y a dix ans aussi, le CSA adoptait sa délibération du 22 juillet 2008 visant à protéger les enfants de moins de trois ans des effets de la télévision.

Le message adressé était alors très clair et il l’est toujours.

D’une part, les services audiovisuels établis hors de France et qui s’adressent aux moins de 3 ans sont strictement encadrés sur le marché français : les distributeurs qui commercialisent ces offres doivent informer expressément l’utilisateur des risques attachés à ces services et s’abstenir de toute promotion de ceux-ci.

D’autre part, les éditeurs soumis à la régulation française ne peuvent ni concevoir, ni diffuser des programmes destinés à ces tout-petits, ce à quoi ils ont aisément adhéré.

L’effet de cette démarche a été bénéfique : l’offre de médias audiovisuels ciblant les moins de trois ans s’est rapidement tarie. 

Depuis lors, les enjeux de protection de la jeunesse se sont élargis avec l’évolution de l’usage des écrans, toujours plus nombreux dans les foyers, toujours plus mobiles et accessibles dès le plus jeune âge, ouvrant sur une grande diversité de services, qu’il s’agisse de programmes de télévision ou de médias sociaux.

Ainsi, les risques d’exposition des jeunes aux écrans sont plus diffus, les risques moins maîtrisables.

C’est à la lumière de ces constats que le CSA a entrepris un réexamen de sa délibération de 2008 sous la direction de notre collègue Carole Bienaimé Besse

Deux directions nous semblent à suivre : élargir et moduler notre intervention pour saisir la diversité des acteurs audiovisuels ; développer une expertise et une action de sensibilisation aux écrans pour les jeunes dans leur ensemble et non plus seulement pour les tout-petits.

Adapter notre intervention en premier lieu, c’est-à-dire faire en sorte que l’action du régulateur pour la protection du jeune public soit aussi efficace sur les services de télévision portés par la plateforme TNT ou les offres des distributeurs que les offres accessibles en OTT et celles des plateformes, porter une attention croissante aux SMAD et encourager l’adhésion des radios qui elles aussi ont pris possession des écrans.

Pour s’assurer que le public jeune dispose d’un degré de protection équivalent sur tous les écrans, le CSA peut s’appuyer sur les importants progrès marqués par la nouvelle directive sur les services de médias audiovisuels (SMA) qui étend aux nouveaux acteurs audiovisuels (plateformes de partage de vidéos, de live streaming, réseaux sociaux) des exigences essentielles de protection de la jeunesse. La protection de la jeunesse constitue un des thèmes essentiels des travaux de l’ERGA ce qui sera confirmé par son assemblée générale du 6 novembre.

Pour développer en deuxième lieu leur adhésion à cet objectif, le CSA doit aussi s’appuyer, comme il y insiste dans ses 20 propositions sur la refondation de la régulation audiovisuelle, sur un renouvellement de ses méthodes :

  • la co-régulation, c’est-à-dire en établissant avec les nouveaux acteurs des cadres de référence négociés et régulièrement évalués ;
  • la supra-régulation, c’est-à-dire une supervision des moyens de régulation mis en œuvre par les acteurs eux-mêmes et rendus publics par le CSA (cette voie a été récemment ouverte dans un autre champ fondamental lui aussi, celui du pluralisme, par la proposition de loi relative à la lutte contre la manipulation de l’information confiant au CSA un rôle de supervision des mesures prises par les plateformes et les réseaux sociaux en la matière).

Par ces méthodologies nouvelles, le CSA entend élargir le public auquel il s’adresse : l’usage des écrans par les enfants doit être accompagné sur tout le chemin les conduisant à la vie d’adulte.

C’est l’esprit du dépliant que nous avons conçu et que nous présentons également aujourd’hui.

Le principe en est clair : à chaque âge ses programmes, ses usages, selon un cheminement adapté.

Cette rénovation de la régulation audiovisuelle au bénéfice des plus jeunes se concrétisera par ailleurs très prochainement, fin novembre, par le lancement de nos nouveaux clips d’information sur la signalétique jeunesse dans les programmes de télévision.

*

Une autre orientation suivra avec le travail actuellement en cours avec votre ministère, en vue d’une charte de protection contre l’exposition à des contenus pornographiques, et une autre encore, toujours en étroite liaison avec votre ministère, pour l’adoption d’une nouvelle charte concernant l’influence des écrans non seulement sur les comportements alimentaires mais au-delà d’autres aspects de la protection et du développement des actions de santé.

Ainsi, une charte de la santé plus large et ambitieuse pourra se substituer à la charte alimentaire.

La santé, notre vœu le plus cher et le plus largement partagé, ouvre ainsi de nouveaux champs de coopérations bénéfiques.

Vous pouvez compter, madame la Ministre, sur l’appui, l’expérience et la disponibilité du CSA et pour notre part, nous affirmons notre adhésion à votre action.

C’est ainsi avec impatience et confiance que nous sommes sans plus tarder à votre écoute.


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