Communiqué de presse

Bilans 1990 de La Cinq et de M6

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Le Conseil supérieur de l'audiovisuel a arrêté l'examen des bilans de La Cinq et de M6 pour l'année 1990.
I - La Cinq
A l'automne 1990, comme le démontre le bilan de l'exercice, La Cinq se trouvait dans une situation financière critique et face à des contradictions persistantes entre sa programmation et ses obligations légales.
C'est afin de lever ces hypothèques que le Conseil a autorisé la recomposition du capital de la société. Celle-ci est intervenue en octobre 1990. Le projet déposé par le groupe Hachette a reçu l'agrément du Conseil le 23 octobre 1990. L'équipe dirigeante de la chaîne a été en grande partie renouvelée dans les mois qui ont suivi.
En souscrivant une série d'engagements précis, la nouvelle direction a manifesté la volonté de modifier en profondeur la programmation de la chaîne. Ces engagements ont trait à la qualité des programmes, à la production et au respect de l'ensemble de la réglementation en vigueur.
Les premières modifications de la grille ne sont apparues qu'au mois de décembre. Elles n'ont donc pas d'incidence notable sur le bilan du quatrième exercice.
Le chiffre d'affaires net de l'exercice 1990 s'est établi à 1 259 MF accusant une baisse de 9 % par rapport à celui de l'exercice précédent. Les pertes totales de l'année 1990 se sont élevées à 646 MF (compte tenu de la constitution d'une provision pour dépréciation des stocks de programmes de 169 MF), portant le montant des pertes cumulées depuis quatre ans à près de 2,8 milliards de francs.
Les autorisations délivrées par le Conseil ont permis une nouvelle extension sensible de la population desservie (de 39,7 millions de personnes en début d'année à 41,4 millions de personnes en fin d'année).
Malgré cela, l'audience de La Cinq a connu, tout au long de l'année 1990, une assez nette érosion, passant de 13 % en 1989 à 11,7 % (1) en moyenne sur l'ensemble de l'année.
(1) Par d'audience annuelle par les individus de 6 ans et plus - Médiamétrie.
Comme les années précédentes, la grille des programmes repose essentiellement sur la fiction audiovisuelle et cinématographique, qui représente 64,8 % des programmes, et sur l'information (16,9 %). Ainsi la chaîne a diffusé 260 téléfilms à 20 h 30, dont 76 % étaient d'origine américaine.
Au cours de l'année, plusieurs manquements de la chaîne ont dû être sanctionnés :
- D'abord pour diffusion à 20 h 30, sans avertissement préalable, de trois téléfilms contenant des scènes de violence susceptibles de heurter la sensibilité des enfants et des adolescents.
- Ensuite pour méconnaissance des règles applicables au parrainage des émissions.
En ce qui concerne les autres obligations de diffusion et de production, le bilan de l'année 1990 appelle les observations suivantes :
1) Quotas de diffusion
- La Cinq a diffusé 66,4 % de programmes (toutes émissions confondues) d'expression originale française. Son obligation est fixée à 50 % par l'article 22 de la décision d'autorisation ;
- de même, la chaîne a respecté l'obligation d'inclure un pourcentage majoritaire d'oeuvres audiovisuelles d'expression originale française et d'origine communautaire sur la totalité du temps d'antenne. En effet, 50,1 % des oeuvres diffusées en 1990 étaient francophones, et 64,4 % originaires de la CEE. En revanche, aux heures diurnes et aux heures de grande écoute, ces proportions sont très inférieures (cf. ci-dessous).
2) Obligations de production
En dépit de ses difficultés, La Cinq a rempli ses principales obligations de production : 253,9 MF ont été consacrés à des commandes d'oeuvres d'expression originale française, soit 21,6 % du chiffre d'affaires net de l'année précédente (son obligation était de 20 %).
Par ailleurs, sa contribution au développement de l'industrie cinématographique s'élève à 64,1 MF, soit 5,5 % de son chiffre d'affaires.
En revanche, l'obligation de consacrer 10 % de son budget de production à des oeuvres d'animation n'a été remplie par La Cinq qu'à concurrence de 9,3 %. Le Conseil a demandé à la société, qui s'y est engagée, de compenser cet écart, en consacrant à l'animation, en 1991, une somme de 2,5 MF en sus de ses obligations normales.
Le Conseil attend de la nouvelle équipe dirigeante de La Cinq le respect intégral des engagements souscrits en octobre 1990. Le réaménagement de la grille intervenu en avril 1991 en constitue un début d'exécution. Cet effort doit être poursuivi et amplifié.
II - M6
En 1990, le chiffre d'affaires de M6 a progressé très sensiblement. Le chiffre d'affaires brut représente 712 MF. Après déduction des commissions d'agences, le chiffre d'affaires net s'établit à 601 MF, contre 354 MF en 1989 (soit une progression de + 70 %). L'audience, elle aussi, s'est développée. La chaîne a gagné environ un point au cours de cet exercice. La moyenne s'établit à 7,3 % pour l'ensemble de l'année (2).
(2) Par d'audience annuelle pour les individus de 6 ans et plus - Médiamétrie.
Les autorisations de diffusion délivrées par le Conseil ont permis une extension sensible de la population desservie (de 35,4 millions de personnes en début d'année, à 37,9 millions de personnes en fin d'année).
M6 s'est attaché un public jeune, sensible aux trois principales composantes de son programme : musique, fictions et magazines. Le style original et bref de l'information semble satisfaire ce public. Enfin, le succès des décrochages locaux (en 1990 : Bordeaux, Marseille, Lille et Tours) témoigne de la réalité d'une demande d'émissions de proximité.
M6 réalise ses meilleurs scores d'audience avec des comédies de situation d'origine américaine dont elle s'est fait une spécialité (Cosby Show, Madame est servie etc...), ainsi qu'avec des téléfilms, d'origine également américaine, diffusés en première partie de soirée. Sur 240 téléfilms diffusés à 20 h 30 en 1990, 84 % (202) étaient d'origine américaine.
S'agissant du respect par la société de ses principales obligations, le bilan est contrasté.
En premier lieu le Conseil a noté avec satisfaction que la chaîne a corrigé sensiblement les dérives constatées en début d'exercice dans le domaine de la protection de l'enfance et de l'adolescence et en matière de parrainage.
En outre, la contribution de M6 au développement de l'industrie des programmes audiovisuels s'élève à 23,9 % de son chiffre d'affaires net de l'année précédente, soit 76,15 MF consacrés à des commandes d'oeuvres communautaires et d'expression originale française. L'obligation, qui était de 20 %, a donc été respectée.
Cependant, dans deux domaines, des manquements déjà relevés dans les bilans précédents ont persisté en 1990.
A) S'agissant de la programmation musicale, le Conseil regrette que les émissions de cette catégorie (magazines spécialisés et vidéomusiques) soient confinées aux heures matinales, aux premières parties d'après-midi et aux heures nocturnes. Ainsi, l'obligation de programmer une heure trente d'émissions musicales destinées aux jeunes (article 24 de la décision d'autorisation) en seconde partie d'après-midi (après 16 h) n'est toujours que partiellement honorée. Dans cette tranche horaire, la chaîne n'en propose en effet qu'une heure. Le Conseil met donc en demeure M6 de respecter, pour l'exercice 1991 et les années suivantes, les obligations figurant au deuxième alinéa de l'article 24 de la décision n° 87.13 du 27 février 1987.
B) Sont également insuffisantes les proportions de programmes et d'oeuvres audiovisuelles francophones et d'origine communautaire dans la programmation :
- La société s'était engagée, lors de la réattribution de la chaîne, à diffuser 68 % de programmes francophones (toutes émissions confondues) au cours de son quatrième exercice. Cette obligation n'a pas été respectée. En effet, 57,8 % seulement des programmes diffusés par M6 sont d'origine francophone. En conséquence, le Conseil met en demeure M6 de respecter, pour les exercices 1991 et suivants, l'obligation qui résulte de l'article 22 de sa décision d'autorisation.
- Les quotas d'oeuvres audiovisuelles (fictions, documentaires et magazines, spectacles, vidéomusiques) sont atteints sur la totalité du temps d'antenne, avec 51,4 % d'oeuvres francophones et 61,7 % d'oeuvres communautaires. En revanche, aux heures diurnes et aux heures de grande écoute, ces proportions sont très inférieures (cf. ci-dessous).
Le Conseil estime qu'il existe certainement une place, dans le paysage audiovisuel français, pour une chaîne dont la programmation et le style s'adressent plus particulièrement à un public jeune (15-35 ans).
Le programme de M6 répond dans l'ensemble à ce voeu. Il est toutefois nécessaire que l'effort entrepris en ce sens se manifeste sur la totalité du temps d'antenne - notamment aux heures de grande écoute - et dans un respect plus rigoureux des obligations de la chaîne.
III - Place des oeuvres francophones et communautaires dans les programmes des deux chaînes
Le tableau ci-dessous indique que les cinquième et sixième chaînes n'accordent qu'une place restreinte aux oeuvres francophones et communautaires aux heures diurnes et surtout aux heures de grande écoute.
Sans doute La Cinq et M6 ne sont-elles pas légalement tenues, avant 1992, d'inclure aux heures de grande écoute, parmi les oeuvres audiovisuelles qu'elles diffusent, 50 % d'oeuvres francophones et 60 % d'oeuvres communautaires. Il reste que leur programmation actuelle laisse mal augurer du respect d'obligations applicables dans quelques mois.
Conclusion
Si les bilans de La Cinq et de M6 pour 1990 présentent des aspects positifs, ces chaînes sont encore loin de remplir leurs obligations et de jouer le rôle qui devrait leur revenir dans l'offre télévisuelle.
La réalisation de ces deux objectifs doit les conduire à consentir d'importants efforts en vue de :
- donner, dans leurs grilles de programmation, aux oeuvres francophones et communautaires, une place conforme aux prescriptions légales ;
- rechercher les complémentarités permettant la constitution d'un troisième pôle de télévisions hertziennes en clair, dont l'existence conditionne l'équilibre du paysage audiovisuel français.
Le Conseil appelle l'attention de chacune des deux chaînes sur l'importance du prochain bilan, celui-ci devant permettre d'apprécier leur volonté d'accomplir les efforts indispensables au respect de toutes leurs obligations.