La cohabitation de la TNT avec les réseaux mobiles de 4e génération

Photo flickr : nickstone333

La mise en œuvre du dividende numérique, rendue possible par l’arrêt de la télévision hertzienne analogique (achevé au plan national le 30 novembre 2011) et le passage à la télévision numérique terrestre (TNT), a permis de transférer une partie du spectre audiovisuel, la bande dite des 800 MHz (791-862 MHz), vers les services de téléphonie mobile. Ceci a créé une situation de cohabitation inédite entre des réseaux mobiles de quatrième génération (4G-LTE [1]) et des services de la TNT. Cette cohabitation de deux réseaux, de structures très différentes et sur des blocs de fréquences contiguës, peut ponctuellement perturber la réception de la TNT.

 

Une expérimentation dans la zone de Saint-Étienne

Afin d’anticiper les conséquences éventuelles de la mise en œuvre de la 4G en bande 800 MHz sur la réception de la TNT, et d’élaborer un processus industriel d’accompagnement des téléspectateurs susceptibles d’être brouillés, une expérimentation représentative devait être menée. Cette opération a été réalisée, à l’initiative de la ministre chargée de l’Économie numérique, par les opérateurs de téléphonie mobile en lien avec le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), l’Agence nationale des fréquences (ANFR), l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP), la Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC), la Direction générale de la compétitivité, de l’industrie et des services (DGCIS), la préfecture de la Loire, la communauté d’agglomération Saint-Étienne métropole, la mairie de Saint-Étienne et les mairies de 21 communes situées dans la zone de couverture des relais 4G-800 MHz. Plusieurs entreprises ont également apporté leur contribution : la Fédération française des télécoms (FFT), les chaînes de la TNT représentées par les sociétés opérateurs de multiplex, les sociétés assurant leur diffusion dans la zone concernée, le sous-traitant commun des trois opérateurs pour la mise en œuvre de la remédiation sur place, ainsi que plusieurs installateurs d’antennes implantés dans l’agglomération.

La ville de Saint-Étienne et son agglomération ont été choisies notamment en raison de leur représentativité en termes de population, de couverture de la TNT, de structure même du réseau TNT et des fréquences TNT en service. Deux premières expérimentations s’étaient déjà déroulées à Laval entre les mois de janvier et d'octobre 2011, dont une en milieu urbain, en présence d’un consortium composé de TDF, Alcatel-Lucent, Orange, SFR et Bouygues Télécom. Cette expérimentation a pu mettre en évidence l’impact des émissions 4G-LTE dans la bande des 800 MHz sur la TNT, sans pour autant permettre de tirer tous les enseignements nécessaires à un déploiement industriel devant notamment intégrer un processus de protection de la réception de la TNT, compte tenu du faible nombre (huit) de stations 4G-LTE allumées.

Une expérimentation plus complète et approfondie a donc été envisagée à partir de mi-2012 par les trois opérateurs de téléphonie mobile, l’ANFR, le CSA et l’ARCEP. La ville de Saint-Étienne a été retenue par l’ensemble des représentants et l’expérimentation a eu lieu entre les mois d’avril et d'août 2013. Les modalités de l’expérimentation ont été définies en s’appuyant notamment sur le décret n° 2012-951 du 1er août 2012 et la décision n° 2011-0599 du 31 mai 2009 de l’ARCEP qui fixent les règles et les responsabilités liées à la remédiation en cas de brouillages de la TNT.

En marge de la préparation du déploiement pilote expérimental tri-opérateurs à Saint-Étienne, des expériences mono-opérateur ont été également menées par SFR à Lyon, puis Orange à Toulouse et Bouygues Télécom à Montpellier et Bordeaux. À l’issue de ces déploiements en phase pilote, une ouverture commerciale était prévue par les opérateurs de téléphonie mobile.

 

En cas de brouillage, un numéro de téléphone

Les cas de brouillages répertoriés lors de ces différentes expérimentations ont été dans la quasi-totalité des cas liés à la saturation des équipements de réception. En effet, la proximité d’un émetteur de téléphonie 4G d’une réception TNT peut provoquer un « éblouissement » de cette dernière. Dans certains cas très rares, un non-respect du rapport de protection, c’est-à-dire le rapport entre le niveau de signal utile et le niveau du signal brouilleur, a pu entraîner un brouillage de la TNT. La solution retenue en cas de brouillages avérés est la pose d’un filtre adapté au niveau de l’installation de réception du foyer concerné. Les téléspectateurs, dont la réception audiovisuelle est soumise à une interférence avec un relais téléphonique, doivent en premier lieu se faire connaître auprès du centre d’appels de l’Agence nationale des fréquences, dont le numéro de téléphone est le 09 70 818 818 (joignable du lundi au vendredi de 8 heures à 19 heures au prix d’un appel local). De plus amples explications sur les processus retenus pour cette cohabitation inédite de la TNT avec la téléphonie de 4e génération sont détaillées sur l’espace internet www.recevoirlatnt.fr.

 

[1] Long Term Evolution