| Date : 24 avril 2002 Inauguration du 5e Salon international de la radio (SIR' 2002) et du 3e Salon international de la télévision locale (SITEL' 2002) - Paris |
![]() ![]() |
Contrairement à la radio qui est profondément ancrée dans le local, la télévision locale n'est jamais vraiment parvenue à s'insérer dans notre paysage audiovisuel malgré l'attrait réel qu'elle représente pour les téléspectateurs - l'audience des décrochages locaux de France 3 ou de M6, notamment, est là pour le prouver.
Le bilan de la télévision de proximité, plutôt mitigé en France, justifie donc des aménagements importants, notamment dans ses conditions d'exploitation et de financement.
La télévision de proximité a en effet enregistré un certain retard par rapport aux Etats-Unis, où la télévision est née du local, mais aussi par rapport à ces voisins ; de tous les pays européens, la France est en effet le pays où la télévision de proximité est la moins développée.
Et cela, malgré la multiplication d'initiatives locales récentes qui marquent, je l'espère, le début d'un développement durable de cette télévision particulière : TV7 à Bordeaux inaugurée en juin dernier, Canal 32 à Troyes autorisée pour une durée de 5 ans et inaugurée en novembre dernier ; d'autres télévisions locales en cours de création viendront, par ailleurs, étoffer le paysage audiovisuel français d'ici la fin de l'année.
Plusieurs explications à cette distorsion :
- la raison en est d'abord historique et politique : la France porte les marques de sa tradition jacobine jusque dans sa télévision ;
- un autre facteur tient à la rareté des fréquences hertziennes et aux régimes juridiques mis en place : appliqués à la télévision locale, ils demeurent contraignants ;
- le mode de financement restreint peut également expliquer le retard français : le secteur de la distribution demeure un secteur interdit à la télévision, ce qui prive les services de communication audiovisuelle locale d'une ressource principale de financement.
Le secteur audiovisuel local présente une situation hétérogène, hétérogénéité des statuts et des formats, hétérogénéité des zones de diffusion et des contenus de programmes, hétérogénéité des modes de diffusion (beaucoup d'expériences audiovisuelles locales se sont déroulées en dehors de tout cadre juridique).
Les canaux locaux du câble mis à part, le paysage audiovisuel compte aujourd'hui une dizaine de chaînes locales en métropole, quatorze dans les Dom-Tom, trente-cinq programmes régionaux de France 3 et douze décrochages locaux de M6. Les canaux locaux du câble, en revanche, conventionnés par le Conseil et qui relèvent donc d'un régime juridique spécifique, ont contribué à créer l'identité locale de la télévision. On compte, en novembre 2001, 98 services locaux distribués sur le câble, de format divers. Il ne faut pourtant pas surestimer la capacité du câble en France qui souffre encore d'une faible pénétration, puisque seul un foyer sur trois en bénéficie, contrairement à d'autres pays européens.
Le hertzien reste donc pour l'instant le meilleur moyen dont dispose la télévision locale pour toucher un large public et pour démocratiser ce mouvement.
Le bouleversement numérique du paysage audiovisuel français offre une chance formidable pour la télévision de proximité.
C'est la possibilité de ménager un nouvel espace de développement aux télévisions locales.
C'est dans cette perspective que le 24 juillet dernier, le Conseil a décidé d'affecter des capacités nécessaires pour trois services locaux par zone couverte, cet aménagement valant pour chacun des 59 sites planifiés (29 sites de la première phase de la planification et trente de la seconde phase). Ces canaux pourront être partagés et accueillir plusieurs opérateurs locaux selon des plages horaires déterminées, et notamment des télévisions locales associatives qui souhaitent rarement diffuser un volume quotidien de programmes de 24 heures. Le Conseil lancera un premier appel à candidatures pour la télévision locale d'ici la fin de l'année 2002 sous réserve toutefois de la publication, par le Gouvernement, du décret relatif à la télévision locale.
Le CSA assumera donc pleinement son rôle de régulateur mais d'ici là, les modalités de financement de la télévision de proximité restent à clarifier si on veut éviter que n'apparaissent des situations de distorsion, préjudiciables à la libre concurrence et au pluralisme :
- outre la définition du périmètre d'accès, sous certaines conditions, du secteur de la distribution à la publicité télévisée, les modalités d'une participation financière des collectivités locales qu'aujourd'hui la réglementation n'autorise que de manière trop marginale ;
- la question de la création, pour les associations, d'un fonds de soutien d'aide à la production locale doit être tranchée. Ce fonds de soutien, qui existe déjà dans le secteur radiophonique et dont les modalités d'abondement devront prochainement être mises en conformité avec la réforme des finances publiques, a su montrer son efficacité. Il a été réclamé à plusieurs reprises par le Conseil depuis 1996 pour la télévision locale. Les dispositions applicables au secteur de la radio, limitant les ressources publicitaires à 20 % du financement total pourraient être réutilisées pour le secteur de la télévision locale associative ;
- un certain nombre de paramètres techniques sont, par ailleurs, à préciser en concertation avec les promoteurs des projets : je veux parler des zones d'émissions et des bassins de population qui doivent être définis et délimités en fonction de la nature du service proposé, de la répartition géographique des services locaux, de la constitution de réseaux locaux associatifs. Tout comme un équilibre entre télévision associative et commerciale est à mettre en place.