| Date de publication sur le site : 23 mars 2005 Lettre du CSA n° 182 - Mars 2005 |
![]() |
Socle de la création télévisuelle, valeur refuge des grandes chaînes généralistes et genre préféré des téléspectateurs français, la fiction tient cependant un rôle chaque année décroissant sur les chaînes nationales depuis la fin des années 1990.
L'analyse présentée ici propose une mise en perspective chronologique des grands indicateurs de la diffusion de fiction télévisuelle en France et une comparaison avec les données issues du suivi de la contribution des chaînes françaises à la production audiovisuelle avec, pour finir, quelques références enregistrées dans les grands pays européens voisins.
La fiction télévisuelle a représenté chaque année sur la période 1990-2003 environ le quart de l'offre de programmes des diffuseurs hertziens nationaux, constituant ainsi le genre patrimonial pivot de la programmation de ces chaînes et ce, sur la plupart des tranches horaires.
Cette place est confortée par les résultats d'audience puisque la fiction, notamment française et de première partie de soirée, fédère un public nombreux et régulier. Ainsi, 60 fictions nationales ont intégré la liste des 100 meilleures audiences de l'année 2003, toutes chaînes confondues.
Pour les chaînes, la particularité et l'attrait de la fiction télévisuelle réside dans le fait que celle-ci combine les quatre valeurs principales recherchées par les programmateurs dans la construction de leur grille et la maximisation des rapports coût/audience :
- la fiction télévisuelle est fortement fédératrice. Fondée sur les principes et les codes narratifs hérités de la littérature puis du cinéma, elle constitue un genre facilement accessible pour le plus grand public et dans une très large mesure, transgénérationnel ;
- la fiction est potentiellement innovante, tant sur la forme que sur le fond. Cette innovation se doit néanmoins d'être maîtrisée par les responsables des unités fiction des chaînes et réfléchie en termes de cases de programmation, au risque de minimiser le potentiel précédemment décrit de fédération et surtout d'agrégation de publics ;
- la fiction dispose d'une forte capacité à susciter l'événement. Les chaînes peuvent ainsi largement communiquer à l'occasion des temps forts de l'année télévisuelle (rentrée de septembre, fêtes de fin d'année, rentrée de janvier, période estivale) sur les programmes dotés d'une particulière ambition (prestige des moyens artistiques et humains déployés, popularité du sujet traité, originalité de la démarche et du traitement) ;
- la fiction permet de mettre en place et de relayer l'identité d'une chaîne, au travers de la conjonction entre un public plus particulièrement visé et capté et des thématiques, des récits, des personnages, des comédiens particuliers. Il est ainsi remarquable de noter qu'une faible minorité de programmes de fiction diffusés en France circule d'une chaîne hertzienne nationale à l'autre. Cela est particulièrement vrai pour la fiction nationale que les diffuseurs ont initiée ou dont ils accompagnent étroitement la réalisation.
Au-delà de l'intérêt de l'étude de ce pan majeur de la création audiovisuelle, une telle analyse se trouve formellement facilitée par le caractère homogène du périmètre recouvert par la fiction, à la différence de genres plus difficiles à définir comme le magazine ou le documentaire.
De fait, une des perspectives enrichissantes d'une analyse de la diffusion et de la production de fiction télévisuelle en France réside dans la comparaison possible avec des données en provenance d'autres grands paysages audiovisuels européens, tels que l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Italie ou l'Espagne. Les résultats publiés chaque année dans le cadre de l'étude Eurofiction (cf. chapitre : La question de la nationalité de la fiction diffusée) permettent ainsi de relativiser ou d'accroître la portée et la pertinence de certains constats nationaux et de mieux distinguer les tendances lourdes de l'évolution du genre dans une perspective historique ou les particularités inhérentes à notre système national.
Tableau et graphique
Évolution de l'offre de fiction entre 1990 et 2003 (en heures)
Plusieurs enseignements majeurs peuvent être tirés de ce tableau :
- une baisse globale de la fiction sur la période de près de 5 000 heures, soit - 35 % ;
- une baisse modérée de la fiction en provenance des États-Unis (- 850 heures environ) ;
- une légère augmentation de la fiction européenne extra-nationale (+ 80 heures) ;
- un effondrement de la fiction française qui a cédé près de 75 % de sa diffusion.
------------------------------------------------------------------------------
Perspective méthodologique
Les analyses figurant dans ce dossier tiennent compte de l'évolution au fil des années du nombre de chaînes.
Ainsi, les chiffres prennent en compte :
- de 1990 à 1991, six canaux, incluant La Cinq ;
- en 1992, six canaux pour sept éditeurs, incluant les derniers mois de diffusion de La Cinq et les premiers mois d'Arte ;
- de 1993 à 1994, six canaux ;
- de 1995 à 2003, six canaux pour sept éditeurs, incluant Arte et France 5.
Comme le révèlent le tableau et le graphique ci-dessus qui couvrent la période 1990-2003, la diffusion de fiction sur les chaînes hertziennes nationales a été marquée par quatre phases :
- une période de forte présence sur les antennes (1990-1991), correspondant à un paysage doté de trois chaînes commerciales, dont les deux plus récemment créées, La Cinq et M6, alimentent alors fortement leur grille avec ce genre de programme ; l'arrêt de La Cinq en 1992 marque un très net repli de la diffusion de fiction télévisuelle ;
- deux années de recul nettement en-dessous de la barre des 10 000 heures annuelles (1993-1994), du fait du faible investissement du nouvel entrant Arte dans ce genre et d'une baisse de la diffusion sur TF1 et sur France 2 ;
- un léger redécollage de l'offre (1995-1999), grâce à l'arrivée de France 5 mais aussi à un net regain d'intérêt des programmateurs pour le genre ;
- une nouvelle et spectaculaire décrue depuis 2000, qui place ce genre à un niveau inconnu jusqu'alors sur la période, en-dessous des 9 000 heures.
Dans le cadre de cette étude, une analyse détaillée des composantes de cette offre particulière de programmes et de son évolution, selon les tranches horaires, les origines de production, les formats, ne saurait être envisageable sur l'ensemble des quatorze exercices de la période.
C'est la raison pour laquelle les développements présentés ici sont restreints à une analyse comparative de trois années clés, dont le choix a été en grande partie déduit de leur importance dans l'histoire réglementaire récente :
- 1990, marquant l'entrée en vigueur des dispositions des décrets n° 90-66 et 90-67 du 17 janvier 1990 fixant les obligations de diffusion et de production audiovisuelle des chaînes ;
- 1996, année d'entrée en vigueur de la modification, introduite par le décret n° 95-1162 du 6 novembre 1995, du décret production précité et ayant permis d'élargir le type de dépenses admissibles à la contribution des diffuseurs à la production audiovisuelle, pour ceux d'entre eux se situant au-delà du régime général ;
- 2003, première année de plein exercice des dispositions du décret n° 2001-609 du 6 août 2000, modifiant le cadre réglementaire de la production d'oeuvres audiovisuelles en France.
S'agissant du découpage par tranches horaires retenu dans le corps de cette analyse, les volumes horaires figurant dans les tableaux et les développements doivent être compris comme regroupant des programmes débutant dans ces tranches et non comme des volumes calculés au prorata temporis à l'intérieur de ces bornes horaires. En outre, le découpage de ces tranches a été effectué afin de rendre compte de cinq périodes particulières : la journée (le choix de 5h30 comme début de la tranche permet de couvrir l'ouverture d'antenne quotidienne de l'ensemble de ces opérateurs), l'avant-soirée, la première partie de soirée, la deuxième partie de soirée et la diffusion de nuit (laquelle inclut la troisième partie de soirée).
------------------------------------------------------------------------------
Suivant |