| Date de publication sur le site : 29 septembre 2008 La Lettre du CSA n° 219 - Août/Septembre 2008 |
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La concurrence des autres genres de programmes
Le cinéma est en concurrence sur les antennes avec d’autres genres de programmes. La comparaison des performances respectives de ces derniers depuis 14 ans est instructive : les séries et les téléfilms, l’information et le sport ont largement progressé dans le classement des meilleures audiences, aux dépens du cinéma.
Répartition par genre des
meilleures audiences du Top 100
. La fiction télévisuelle remplace-t-elle le cinéma dans le Top 100 ?
Le nombre de fictions audiovisuelles dans le Top 100 est en constante augmentation depuis 1994. On assiste à un certain mouvement de vases communicants, le nombre de films présents dans le palmarès des meilleures audiences diminuant constamment sur la période alors que le nombre de fictions télévisuelles augmente parallèlement de façon très régulière.
Évolution comparée du nombre de films
et du nombre de fictions dans le Top 100
Les fictions télévisuelles présentes dans le palmarès des meilleures audiences sont très majoritairement des séries, le nombre de fictions télévisés unitaires dans le Top 100 diminuant régulièrement depuis 14 ans. En 2007, aucune fiction unitaire n’est présente dans le palmarès des 100 meilleures audiences, alors qu’elles étaient 13 en 1994.
Par rapport à l’oeuvre cinématographique, la fiction télévisuelle, et plus particulièrement la série, dispose de nombreux atouts : récurrente, spécifiquement écrite pour la télévision, souvent inédite, elle fidélise le téléspectateur qui aime retrouver régulièrement un univers et des personnages connus.
Une observation plus attentive des séries apparaissant dans ce Top 100 fait apparaître un changement considérable dans le type de fictions figurant dans ce classement. Depuis 1994, la quasi-totalité des fictions étaient françaises à l’exception des trois années 1994, 1995, 1996, où la série américaine Colombo apparaissait dans le Top 100.
Le graphique fait apparaître un inversement de tendance rapide et une percée très importante des fictions américaines en 2007 : sur les 58 fictions apparaissant dans le Top 100, 47 sont américaines et 11 sont françaises.
Ce changement très rapide de l’origine des fictions réalisant les meilleures performances en 2007 est dû à la programmation d’une fiction très populaire, Les Experts, et ses déclinaisons, Les Experts : Miami et Les Experts : Manhattan. Elle apparaît 46 fois dans le classement des 100 meilleures audiences.
Le format court de la série (souvent moins de 45 minutes) lui permet de figurer plusieurs fois dans le palmarès pour la même soirée. Ainsi, le 13 février 2007, TF1 a programmé trois épisodes des Experts (à 20 h 48, 21 h 31 et 22 h 17) et ces trois épisodes sont présents dans le Top 100. Ce cas extrême ne s’est produit qu’une seule fois en 2007, mais 16 programmations « couplées » de deux épisodes des Experts dans la même soirée figurent dans les meilleures audiences (soit 32 épisodes).
. Les fictions télévisuelles françaises sont-elles trop longues ?
À l’exception de RIS Police scientifique qui a une durée moyenne de 52 minutes, les séries françaises présentes dans le palmarès comme Julie Lescaut ou Navarro ont une durée moyenne de 90 minutes (2). Elles n’apparaissent qu’une seule fois par soirée dans le Top 100, là où deux séries américaines peuvent y figurer.
Si on s’attache à comparer le volume horaire global des séries américaines présentes dans le classement à celui des séries françaises, l’avantage est très significativement en faveur de ces dernières : 17 heures 10 contre 10 heures 30 pour les séries américaines.
La présence, dans ce palmarès, d’un nombre de plus en plus élevé de séries américaines au format court en évince également les oeuvres cinématographiques, programme long (3). En effet, il est plus difficile d’apparaître dans ce palmarès quand la durée du programme est longue, car l’audience est calculée seconde par seconde, et le classement est établi à partir de la moyenne des secondes mesurées.
. L’actualité politique de plus en plus présente dans le palmarès
Les années où le nombre de fictions est le plus faible sont les années comportant une forte activité événementielle, qu’elle soit sportive ou politique. Les années 1995, 2002 et 2007 sont des années d’élection présidentielle et le nombre de programmes d’information dans le palmarès est particulièrement élevé. L’effet « élection présidentielle » est notable particulièrement en 1995 et 2007, où respectivement 15 et 12 programmes d’information apparaissent dans le Top 100.
Pour les autres années, le nombre de programmes d’information est stable dans le palmarès, à un niveau relativement faible (entre 3 et 4), compte tenu de la méthodologie adoptée qui ne comptabilise qu’une seule fois chaque événement d’information (4).
. La place du sport augmente régulièrement dans le palmarès
La programmation de grands événements sportifs est soumise à une forte saisonnalité : le calendrier des compétitions footballistiques internationales (Coupe du monde de football tous les quatre ans les années paires) et européennes (l’Euro, également tous les quatre ans les années paires, mais en décalage avec la Coupe du monde) donne un rythme particulier aux résultats d’audience des programmes sportifs, avec un pic enregistré les années paires et un creux les années impaires.
Sur la période étudiée, figurent en moyenne lors des années paires 14 événements sportifs dans le Top 100. Une analyse plus fine permet d’observer une augmentation régulière du nombre d’événements sportifs apparaissant les années paires dans le classement : alors qu’ils n’étaient que 6 en 1994, ils sont 20 en 2006. Cette tendance s’explique notamment par l’impact de plus en plus important de la diffusion de la Coupe du monde de football : alors qu’en 1994, un seul match était présent dans le Top 100, ils étaient 15 en 1998 -année certes particulière puisque la compétition a été organisée et remportée par la France-, 6 en 2002 et 11 en 2006.
Les années impaires présentent un nombre relativement faible de programmes sportifs dans le Top 100, avec en moyenne sur la période 6 programmes sportifs perçant dans le palmarès. L’année 2007 constitue cependant une exception avec 15 rencontres sportives dont 12 qui sont consacrées à la Coupe du monde de rugby organisée en France.
. Les autres genres sont de moins en moins nombreux dans le palmarès
Les autres genres (jeux, magazines/documentaires, divertissements) ne jouent pas ou plus un rôle déterminant dans le classement. Souvent représentative de cycles qui ne durent que quelques saisons, la présence des jeux ou des divertissements/variétés a fortement diminué depuis plusieurs années.
Le nombre de divertissements dans les années 1997/1999 est relativement important (jusqu’à douze en 1997), ces années ayant été celles où les émissions de variétés recueillaient encore de fortes audiences. Les jeux ont également eu des années fastes en termes d’audience avec, de 1994 à 1996, Les Grosses Têtes, et, en 2002 et 2003, Qui veut gagner des millions ? et Star Academy, sept fois présents ces années-là. Autre genre en fort déclin, le magazine, qui n’apparaît plus que de façon exceptionnelle, alors qu’en 1999, grâce à des émissions telles Combien ça coûte ? ou Reportages, ce genre apparaissait treize fois dans le palmarès.
Les choix de programmation des longs métrages par les grandes chaînes
La baisse importante du nombre d’oeuvres cinématographiques dans le classement des meilleures audiences pourrait également s’expliquer par les choix de programmation du cinéma par les grandes chaînes, plus particulièrement par TF1 (5).
. Une offre de cinéma moins abondante
Le graphique permet de constater que TF1 diffuse de moins en moins d’oeuvres cinématographiques aux heures de grande écoute (HGE).
Stable jusqu’en 2000, l’offre de films en première partie de soirée n’a cessé de diminuer depuis, passant d’une moyenne de 103 à 60 films depuis deux ans. Ce recul d’un tiers de l’offre ne permet pas d’expliquer à lui seul la forte baisse du nombre de films dans le Top 100. Cependant, il a pu avoir un effet mécanique.
D’autre part, le développement de la programmation en miroir des oeuvres cinématographiques sur les deux principales chaînes françaises, TF1 et France 2, peut également expliquer les moindres résultats en termes d’audience des oeuvres cinématographiques. Ainsi, le 27 octobre 2007, deux films inédits, Spider Man 2 et Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, ayant réalisé d’excellentes performances en salle (6), sont programmés en début de soirée, le premier sur TF1 et le second sur France 2. Les amateurs de cinéma s’étant répartis entre les deux chaînes, ces films ont réalisé des contre-performances en termes d’audience (7). Aucun n’apparaît dans le Top 100.
. Peu d’oeuvres cinématographiques inédites en première partie de soirée
Même si le caractère inédit d’une oeuvre (8) n’est pas la garantie d’un succès d’audience, on peut cependant constater que le cinéma est probablement le genre de programme pour lequel le taux d’inédits est le plus faible.
Sur la période, le pourcentage de films inédits est relativement stable, se situant dans une fourchette comprise entre 28 % et 40 %, la moyenne sur l’ensemble de la période s’établissant à 33 %.
En 2007, l’offre de films inédits a représenté 34 % des films programmés aux heures de grande écoute sur TF1. Comparativement, d’après une étude de la société Espace TV Communication (9), la part de fictions télévisuelles inédites diffusées en première partie de soirée était, sur TF1, de 77 % en 2007.
Ce choix de programmation peut sembler paradoxal, puisqu’un nombre de plus en plus en plus élevé de films réalisent de bonnes performances en salle (10).
La lecture de la liste des films diffusés en première partie de soirée fait apparaître que les programmateurs de films rediffusent parfois, dans certains cas tous les deux ans, presque à la même date, les mêmes titres (souvent de grands classiques populaires comme La Grande Vadrouille ou La 7e Compagnie) (11).
. Moins de rendez-vous réguliers pour le cinéma
Pendant de nombreuses années, le téléspectateur s’est vu proposer chaque semaine deux soirées cinéma (dimanche et mardi soir) sur les deux principales chaînes françaises. France 2 a été la première à rompre ces habitudes de programmation en diffusant à partir de 1998 une série américaine le dimanche soir (Urgences). De même, depuis quelques années, TF1 diffuse majoritairement des séries télévisuelles le mardi et la case du dimanche soir n’est plus depuis l’automne 2006 exclusivement consacrée au cinéma.
La fin d’une certaine sacralisation de l’offre cinéma, conjuguée avec la baisse du nombre de films programmés sur les grilles, a certainement eu des effets sur les résultats en termes d’audience des oeuvres cinématographiques. Au lieu d’avoir un effet bénéfique sur la demande (et donc sur l’audience), la raréfaction de l’offre cinématographique a peut-être eu pour effet de rendre ce programme moins attractif, et cela d’autant plus qu’il était diffusé de façon plus sporadique et moins ordonnée que précédemment.
. Le cinéma, genre le plus difficile à programmer ?
Des raisons propres à la nature même de l’oeuvre cinématographique mais aussi au corpus juridique qui encadre sa diffusion, peuvent enfin être avancées comme éléments explicatifs de son recul dans le Top 100.
- L’oeuvre cinématographique est le seul genre télévisuel à ne pas être spécifiquement produit pour une diffusion sur le petit écran.
D’abord créé pour une exploitation en salle, le film dépend des orientations stratégiques et éditoriales décidées en premier lieu pour ce marché. Ainsi, le film américain est de plus en plus réalisé pour un public donné : les adolescents, les amateurs de films d’action ou d’horreur, etc. Un grand nombre de films américains présentent désormais un caractère segmentant peu adapté au public de masse, familial, qui est celui de la télévision.
La diffusion télévisuelle des films français a, quant à elle, souffert de la quasi-disparition depuis une vingtaine d’années sur le grand écran d’un genre apprécié des spectateurs, le film policier français.
La production télévisuelle a alors largement investi ce genre, en développant des fictions policières à héros récurrents. Ce type de programme est venu, à bien des égards, remplacer le film policier à la télévision.
- L’oeuvre cinématographique est le programme dont la diffusion sur le petit écran est la plus encadrée.
Outre les quotas de diffusion (12), qui orientent l’origine des oeuvres programmées, certains jours et plages horaires de diffusion sont interdits de programmation cinématographique (13). Le nombre de films pouvant être diffusés est plafonné (annuellement et aux heures de grande écoute (14)), et les films doivent avoir atteint un certain niveau de « maturité » pour pouvoir être programmés.
La chronologie des médias est en effet peu favorable aux chaînes en clair (15), leur fenêtre de diffusion se situant après tous les autres modes de diffusion, alors que le cinéma est certainement le genre télévisuel le plus exposé, et cela sur un nombre croissant de supports et pour un nombre de diffusions en constante augmentation (16).
À ces restrictions s’ajoute celle qui interdit plus d’une coupure publicitaire : une deuxième coupure publicitaire est autorisée à la condition que la durée du film excède 150 minutes. Aucune coupure publicitaire n’est autorisée sur les chaînes publiques pendant la diffusion des oeuvres cinématographiques.
Les chaînes en clair sont donc amenées à diffuser des oeuvres dont elles ont parfois assumé une partie non négligeable du financement (17), sans réelle liberté de programmation et dont les résultats en termes d’audience sont de plus en plus aléatoires.
(2) L’offre de séries françaises de 52 minutes a, en 2007, significativement augmenté sur TF1 en première partie de soirée. Elles ont représenté 41 % de l’offre (source : Télé Indice Fiction, Espace TV communication, février 2008).
(3) Nombreuses sont les oeuvres cinématographiques dont la durée dépasse deux heures, particulièrement les oeuvres américaines à grand spectacle qui sont programmées sur TF1, telles Gladiator (2 heures 35), Pirates des Caraïbes (2 heures 30), Robin des bois (2 heures 20), The Bodyguard (2 heures 09).
(4) Dans les 100 meilleures audiences d’une année type sans événement politique majeur, apparaissent donc dans la catégorie information, un seul journal télévisé de 13 heures de TF1, un seul journal télévisé de 20 heures de TF1 et/ou une seule intervention politique du chef de l’État et/ou le journal télévisé de 20 heures de France 2, voire une édition des actualités régionales de France 3.
(5) Parallèlement à cette baisse de l'offre cinématographique sur les chaînes hertziennes "historiques", on assiste à une augmentation significative de l'offre cinéma sur les chaînes de la TNT (3/4 de l'offre totale).
(6) Sortis tous les deux en salle en 2004, ils se situent dans le peloton de tête des meilleures entrées de cette année-là : Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban est à la troisième place du box-office avec 7,1 millions d’entrées et Spider Man 2 à la quatrième place avec 5,3 millions de spectateurs.
(7) Spider Man 2 sur TF1 a réuni 6,7 millions de téléspectateurs 4 ans et plus et Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban 5 millions.
(8) Un film inédit est considéré ici comme étant un film qui n’a jamais été diffusé sur une chaîne hertzienne en clair.
(9) Étude Télé Indice Fiction, février 2008.
(10) De 1993 à 2000, le nombre annuel moyen de films ayant réalisé en salle plus d’un million d’entrées était de 36 alors qu’il est de 46 entre 2000 et 2006.
(11) Ces rediffusions interviennent souvent pendant les vacances scolaires.
(12) Les quotas de diffusion sont les mêmes pour les oeuvres cinématographiques que pour les autres types d’oeuvres (40/60).
(13) Les chaînes gratuites ne peuvent programmer d’oeuvres cinématographiques de longue durée le mercredi soir (à l’exception des oeuvres d’art et essai diffusées après 22 h 30), le vendredi soir (à l’exception des oeuvres d’art et d’essai diffusées après 22 h 30), le samedi toute la journée et le dimanche avant 20 h 30.
(14) Le nombre de diffusion d’oeuvres cinématographiques ne doit pas excéder 192, dont 144 entre 20 h 30 et 22 h 30.
(15) La « chronologie des médias » autorise la diffusion des oeuvres cinématographiques sur les chaînes hertziennes 24 mois après leur sortie en salle si l’oeuvre a été coproduite par la chaîne, 36 mois dans les autres cas.
(16) Le nombre de diffusions d’un même film sur Canal+ n’a cessé de croître : de 8 diffusions par film (dont une pour les personnes sourdes ou malentendantes), la création de ses déclinaisons (Canal+ Cinéma, Canal+ Sport, Canal+ Décalé et plus récemment Canal+ Family dont chacune peut désormais diffuser également 8 fois le même film), le nombre autorisé de diffusions pour une oeuvre cinématographique est actuellement de 40 (dont 5 pour les personnes sourdes ou malentendantes).
(17) Les chaînes hertziennes en clair doivent consacrer 3,2 % de leur chiffre d’affaires à la production d’oeuvres cinématographiques.