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La télévision numérique terrestre en Europe

Date de publication sur le site : 24 mai 2006
La Lettre du CSA n° 195 - Mai 2006
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Sommaire


En Allemagne


En Finlande


Au Royaume-Uni


En Italie


Aux Pays-Bas


En Suède

En Allemagne

La télévision numérique terrestre est désormais déployée dans tous les Länder et le plan d'extinction de la diffusion analogique a commencé à Berlin. Cette libération des fréquences va permettre de développer d'autres usages, en  particulier la télévision portable ou mobile.
 
L'Allemagne lance, en mai 2006, la première plate-forme commerciale de télévision mobile en Europe, dans la perspective de la Coupe du monde de football qui se tiendra sur son territoire du 9 juin au 9 juillet prochains. Ce service, diffusé selon la norme Digital Multimedia Broadcasting (DMB), est distribué par l'opérateur de téléphonie mobile Debitel.
 
Le cadre réglementaire de la télévision mobile allemande a été établi grâce à une coordination nationale assurée par le groupe de travail fédéral des régulateurs (ALM). Des appels d'offres ont été lancés dans chacun des Länder (chaque Land ayant son régulateur, sauf Berlin et le Brandebourg qui partagent la même instance), puis examinés collectivement. L'ALM a ensuite émis une recommandation en faveur de la société Mobiles Fernsehen Deutschland (MFD), jusqu'ici suivie par tous les Länder ayant attribué une autorisation.
 
MFD appartient à cinq fonds de placement allemands. La société s'est vu attribuer des autorisations d'un type nouveau, de trois à huit ans selon les Länder, en tant que plate-forme de distribution. Elle a ensuite dû trouver un opérateur de diffusion et un opérateur commercial avant de composer un bouquet de programmes. Les régulateurs ont fait le choix de séparer chaque fonction afin de favoriser la concurrence et la transparence.
 
L'offre devrait comporter trois ou quatre chaînes de télévision et une ou deux stations de radio. Les seules contraintes fixées résident dans la diffusion d'au moins une radio nationale en clair et l'adoption d'un modèle économique similaire à celui du câble pour la télévision, c'est-à-dire des fournisseurs de contenus non rémunérés et un coût pour le consommateur limité à de modestes frais d'accès au réseau. Le bouquet est prévu pour être disponible dans au moins quatre zones urbaines lors de son lancement, sa couverture devant être quasi nationale d'ici à cinq ans.
 
Debitel est le troisième opérateur mobile du marché, avec dix millions d'abonnés. Il ne possède pas de réseau en propre et loue les capacités de Deutsche Telekom. Il est le seul opérateur à être intéressé par la norme DMB, Deutsche Telekom et Vodafone misant plutôt sur le DVB-H (Digital Video Broadcasting - Handheld).
 
Le bouquet devrait être proposé à 10 € par mois, offre couplée à un nouveau téléphone Samsung. Les autres fabricants s'apprêtent à introduire leur propre modèle. Les terminaux de réception sont bimodes, en mesure de recevoir les radios émettant en DAB (Digital Audio Broadcasting) sur la bande UHF et celles émettant en DMB en bande L : c'était l'une des conditions posées par les régulateurs, qui espèrent ainsi relancer la plate-forme DAB.
 
En ce qui concerne la télévision fixe, les ventes de terminaux DVB-T (Digital Video Broadcasting - Terrestrial) ont atteint, en 2005, 1,6 million d'unités, pour un total cumulé de 3,4 millions fin décembre. Le câble numérique est en progression, avec la vente de 420 000 terminaux en 2005 contre seulement 250 000 en 2004, alors que le satellite numérique se maintient largement en tête du marché, avec 2,18 millions d'unités en 2005 contre 1,9 million en 2004.



En Finlande

La Finlande est l'un des premiers pays d'Europe à avoir lancé la télévision numérique terrestre. Celle-ci couvre aujourd'hui un foyer finlandais sur quatre, l'objectif du Gouvernement étant de convertir au numérique avant 2007 l'ensemble des foyers recevant la télévision par voie hertzienne (soit 40 % de la  population)s.
 
Mais la progression de la pénétration de la TNT ralentit actuellement. Selon les dernières données trimestrielles de Finnpanel, le nombre de foyers initialisés n'a augmenté que de 11 000 entre août et novembre 2005, pour atteindre 610 000. Pour la même période, la progression avait été de 25 000 en 2004 et de 64 000 en 2003. Il semble que les foyers les moins susceptibles d'adopter de nouvelles technologies (personnes âgées ou foyers à bas revenus) seront, en l'absence de subvention, difficiles à convaincre.



Au Royaume-Uni

Le Royaume-Uni compte le plus grand nombre de foyers numériques en Europe. C'est également le premier pays en nombre de foyers équipés pour la réception TNT : sept millions de foyers reçoivent l'offre gratuite Freeview. Ils seront vraisemblablement 8 millions à la fin de l'année.
 
L'Ofcom (Office for Communications) a lancé, en novembre dernier, une consultation sur la question de l'utilisation future des fréquences actuellement occupées par les chaînes analogiques. Dans une liste qui ne se veut pas exhaustive, le régulateur mentionne cinq types de services qui pourraient utiliser la bande passante libérée :
- la diffusion vers les récepteurs mobiles ;
- l'accès à l'internet haut-débit ;
- la couverture renforcée des zones rurales et faiblement peuplées ;
- des services professionnels renforcés tel que des liaisons point à point ;
- de nouvelles chaînes pour Freeview, notamment en haute définition.
 
Cette consultation doit faire l'objet d'un rapport à l'automne. Parallèlement, l'Ofcom s'est donné un plan de travail qui consiste à évaluer les usages potentiels, à détailler les contraintes techniques de l'utilisation des fréquences, à créer ensuite des bouquets de fréquences cohérents pour établir, enfin, un mode d'attribution ou d'enchères.
 
L'Ofcom fera ensuite ses recommandations au Gouvernement qui devra revoir le régime réglementaire des secteurs concernés. L'éventuelle mise aux enchères des fréquences attire cependant déjà les convoitises du secteur mobile tandis qu'elle inquiète la BBC qui souhaiterait recevoir des fréquences additionnelles pour la télévision haute définition. Rappelons que la vente aux enchères des fréquences de téléphonie mobile de troisième génération en avril 2000, juste avant que la bulle boursière n'éclate, avait rapporté 22,5 milliards de livres (38 milliards d'euros), mais l'an dernier, une analyse du ministère du Commerce et de l'Industrie estimait la valeur du spectre hertzien libéré par l'extinction de l'analogique à seulement 1,5 milliard de livres.



En Italie

La télévision numérique terrestre est un succès en Italie : 3 millions de foyers équipés et le lancement d'une offre payante originale, composée principalement de matchs de football proposés en paiement à la séance au moyen d'une carte pré-payée et, prochainement, d'une offre de télévision mobile.
 
Dans un document consultatif publié en mars 2006 et constituant un plan d'intervention pour favoriser l'utilisation "rationnelle et pluraliste" des fréquences, l'Agcom (Autorita per le Garanzie nelle Communicazioni) se propose de mettre aux enchères les canaux numériques hertziens attribués aux opérateurs indépendants. Selon la réglementation actuelle, les opérateurs de multiplex doivent consacrer 40 % de leur bande passante à des chaînes qui en sont capitalistiquement indépendantes. La disposition s'applique à tous les multiplex sauf celui de la RAI destiné à ses chaînes de service public.
 
L'Agcom a publié par ailleurs un document relatif à l'instauration d'un cadastre national des fréquences qui serait un premier pas pragmatique vers la nouvelle réglementation de leur utilisation. Elle compte enfin mettre en place rapidement un cadre réglementaire pour le DVB-H, alors que les premiers bouquets devraient être diffusés cet automne en dépit du flou juridique de leur statut.



Aux Pays-Bas

La plate-forme TNT Digitenne est en voie d'être intégrée au groupe KPN : ce dernier vient en effet de prendre le contrôle de la société de transmission Nozema, actionnaire minoritaire de Digitenne, faisant passer sa participation consolidée de 40 % à 80 %. La télévision prend par ailleurs une place grandissante dans la stratégie de KPN avec deux développements majeurs prévus en 2006 : l'extension de la couverture de Digitenne à l'ensemble du pays et le lancement d'une offre complète de TV sur ADSL.
 
L'intégration de Digitenne et de Nozema permet à KPN d'accélérer les investissements en vue d'atteindre une couverture nationale d'ici à la fin de l'année. Le réseau de la TNT néerlandaise est aujourd'hui limité à la région Nord-Est du pays, le Randstad, couvrant 40 % des foyers du pays. L'extension vers les autres régions supposait à la fois de mobiliser les investissements nécessaires et, surtout, de trouver les fréquences. Cette dernière condition devrait être remplie à la fin de l'année avec l'extinction des transmissions analogiques décidée dans son principe en septembre dernier par le Gouvernement de La Hague.
 
Digitenne a vu le nombre de ses abonnés progresser rapidement depuis l'automne 2004, quand KPN a commencé à proposer le service à ses clients à un prix très avantageux : seul, le bouquet de base coûte 13,95 €, mais 7,95 € à peine en couplage avec l'ADSL. La stratégie de KPN consiste à faire jouer à Digitenne un rôle complémentaire de celui de son bouquet TV sur ADSL qui sera lancé au deuxième trimestre. La télévision sur IP a vocation à devenir l'offre de référence, une offre pouvant se substituer pleinement au câble présent dans plus de 95 % des foyers et proposant l'éventail le plus étendu de chaînes ainsi que des services à la demande. La TNT, pour sa part, se focalisera sur les foyers qui cherchent principalement une alternative pratique et économique au câble.



En Suède

L'extinction de la diffusion analogique a commencé en Suède en octobre 2005, dans quelques zones faiblement peuplées, et se poursuivra par étapes régionales pour s'achever le 15 octobre 2007. Stockholm passera au tout numérique dès mars 2007.
 
Au début de 2006, les zones exclusivement numériques comptaient 155 000 foyers. En mai, ces zones doivent constituer un bon quart du pays. Selon l'enquête annuelle de cadrage du service de mesure d'audience MMS, 17,9 % des foyers recevaient, en octobre 2005, la télévision exclusivement en mode analogique hertzien.
 
L'extinction de l'analogique concerne essentiellement les transmissions hertziennes. Contrairement à la Finlande, la Suède permet aux réseaux câblés de distribuer en analogique les programmes numériques et, au rythme actuel, la conversion des foyers câblés devrait encore durer plusieurs années après la fin de l'analogique terrestre. Dans les régions où l'analogique est encore disponible, l'obligation de reprise ne concerne que les trois chaînes analogiques nationales tandis que, dans les régions passées au numérique, l'obligation s'étend aux dix chaînes gratuites de la TNT.
 
Selon les autorités suédoises, le passage au numérique dans les trois premières régions a été une complète réussite. Il n'y a aucun programme d'aide national concernant les foyers aux ressources les plus faibles mais les communes doivent aider les citoyens si nécessaire. Dans la région du Gotland, la première à expérimenter l'extinction de l'analogique, seulement quinze foyers sur 31 000 ont demandé une aide. Au ministère de l'Éducation et de la Culture, où une commission spéciale a été mise en place, on souligne que les discussions avec les organisations nationales représentant les personnes âgées ont eu lieu depuis le début du projet, pour identifier les besoins spécifiques et les moyens d'information à mettre en place.
 
Une large majorité des foyers ayant migré vers le numérique au cours des dernières semaines précédant l'extinction de l'analogique auraient choisi la TNT plutôt que le câble ou le satellite, et les trois quarts de ces derniers se seraient abonnés à l'offre de la plate-forme commerciale Boxer plutôt que d'opter pour le bouquet gratuit. Boxer offre en effet le terminal gratuit pour tout abonnement d'un an.
 
Toutes les autorisations de chaînes de la TNT qui expiraient à la fin de 2005 ont été renouvelées pour deux ans par le Gouvernement après avis de l'instance de régulation RTVV (Radio och TV Verket). De plus, le régulateur a autorisé sept nouvelles chaînes, trois payantes et quatre gratuites, qui s'inséreront sur les cinq multiplex existants à partir du 31 mai 2006 (plusieurs canaux sont partagés par deux chaînes).
 
La plate-forme Boxer a poursuivi sa croissance dynamique en 2005 avec 156 000 recrutements nets, ce qui porte le nombre total d'abonnés à 531 000, soit une pénétration de 13 % des foyers. Boxer est en voie de devenir la première source de recettes et de bénéfices du groupe Teracom, devant l'exploitation du réseau de transmission.
 
Rappelons enfin que la Commission européenne enquête depuis juillet 2004 sur le financement du réseau numérique terrestre suédois afin de déterminer s'il bénéficie d'aides publiques. Un des aspects de l'enquête concerne les coûts facturés par Teracom à la télévision publique SVT (contrainte, par la loi, à utiliser le réseau de l'opérateur public), qui pourraient être surévalués et constituer ainsi une aide indirecte. Les garanties financières publiques dont bénéficie Teracom, de même que les termes d'une récente recapitalisation, retiennent aussi l'attention de Bruxelles.