La cohabitation de la TNT avec les réseaux mobiles de 4e génération

Réalisation et bilan de l’expérimentation de Saint-Etienne

Cette expérimentation tri-opérateurs a été organisée afin de prévoir le déploiement du très haut débit mobile dans la bande des 800 MHz et également de disposer d’une expertise technique et opérationnelle, permettant de traiter dans les meilleurs conditions les cas de brouillages probables de la TNT par des stations de base de la téléphonie mobile. La ville de Saint-Étienne a été choisie en tenant compte de ses spécificités.

Elle est couverte par un émetteur TNT de forte puissance, l’émetteur Saint Étienne – Croix de Guizay, et par quelques réémetteurs pilotés. Par ailleurs, elle a été retenue du fait de son milieu urbain dense, de la géographie de la ville et de l’utilisation pour la diffusion de la TNT d’un canal à fréquence élevée (le canal 59), de nature à favoriser, a priori, en cas de non-respect du rapport de protection, la situation de brouillages par des stations de base 4G, du fait de la sélectivité des récepteurs TNT et de la saturation possible des divers équipements dotés d’amplificateurs dans la chaîne de réception télévisuelle.

 

Procédure de communication et d'assistance mise en place

Notamment à la demande du Conseil , le démarrage de l’expérimentation dans la ville de Saint-Étienne a été précédé de campagnes d’information à destination des élus locaux, des téléspectateurs, des syndicats de copropriété et des bailleurs sociaux. Un numéro d’appels (0 970 818 818) a été mis à disposition par l’ANFR pour permettre aux téléspectateurs de signaler les difficultés de réception de la TNT dans le cadre de l’expérimentation, élément essentiel dans le processus pour pouvoir traiter les brouillages. Cette opération a fait l’objet de bilans d’étape réguliers réalisés par l’ANFR vers l’ensemble des acteurs concernés dont les opérateurs TNT et le CSA.

 

La remédiation des brouillages

Les cas de brouillages répertoriés lors de ce programme ont été dans la quasi-totalité des cas liés à la saturation des équipements de réception TNT, la proximité d’un émetteur 4G d’une réception TNT provoquant alors un « éblouissement » de cette dernière. La solution retenue en cas de brouillages avérésdece type est la pose d’un filtre adapté. Des antennistes, partenaires du test, interviennent alors pour insérer un filtre dans l’installation de réception de la télévision de l’usager. Cette intervention technique est prise en charge par les opérateurs de téléphonie et n’engage donc aucun frais pour les téléspectateurs dans la mesure où les licences délivrée par l’ARCEP fixent aux opérateurs de télécommunication une obligation de résultats. Le Conseil d’État a remis en cause, le 15 janvier 2014, l’article R20-44-26 modifié par le décret n°2012-951 du 1er août 2012 –art 1 relatif à la clef de répartition du financement du recueil et du traitement des réclamations relatives aux brouillages des services de communication audiovisuelle par les réseaux du service mobile dans la bande 800 MHz. Il est important de noter que les téléspectateurs dont la réception TNT est soumise à une interférence avec un relais téléphonique doit en premier lieu se faire connaitre auprès du centre d’appels : 0970 818 818.

 

Bilan de l'expérimentation

L’expérimentation de diffusion des signaux 4G-800 MHz à partir des antennes-relais a eu lieu sur une période de quatre mois allant du 2 avril au 2 août 2013. Au final, 70 stations LTE 800 MHz ont été mises en service. L’allumage s’est réalisé de manière progressive. Comme le service 4G n’était pas encore ouvert commercialement dans la ville de Saint-Étienne, le trafic a été simulé par les opérateurs de télécommunications durant toute la durée de l’expérimentation. À la fin du déploiement, une population estimée d’environ 100 000 foyers se trouvait sous la couverture des réseaux 4G 800 MHz. 

Les tests se sont déroulés selon trois phases successives :

  • Phase 1 (du 2 avril au 16 juin 2013) : le but était d’évaluer le niveau de perturbation des relais 4G, de qualifier les premières plaintes de téléspectateurs et de tester les démarches de remédiation. 29 stations ont ainsi été mises en service en onze semaines, avec une puissance et une charge de trafic maximales,
  • Phase 2 (du 17 juin au 21 juillet 2013) : accélération de l’allumage des stations pour atteindre 41 stations supplémentaires en quatre semaines, avec une puissance et une charge de trafic maximales. À l’issue de cette phase, 70 stations étaient mises en service,
  • Phase 3 (du 22 juillet au 2 août 2013) : cette dernière phase était destinée à évaluer le mode de fonctionnement dit « idle » où la charge de trafic simulée sur les stations est nulle. Ce mode présente un intérêt pour les brouillages car il provoque une variation importante de la puissance émise, qui peut avoir pour conséquences de perturber les installations de réception de la TNT.

Pendant l’expérimentation, le centre d’appels de l’ANFR a reçu de l’agglomération stéphanoise près de 2000 signalements de téléspectateurs confrontés à des problèmes de réception de la TNT. Les premiers appels des téléspectateurs se sont produits rapidement après la mise en service des stations 4G-800 MHz. Suite à une analyse, les signalements concernaient plus de 700 adresses distinctes. Les antennistes qui se sont rendus au domicile des téléspectateurs ont finalement caractérisé presque 500 brouillages réellement imputables à l’émission des antennes 4G-800 MHz. Les perturbations, lorsqu’il s’agissait effectivement de brouillages 4G-800 MHz, ont bénéficié d’un délai de résolution n’excédant pas la plupart du temps, trois jours ouvrés. Parmi ces brouillages liés à la 4G-800 MHz, presque 400 ont concerné des habitats collectifs et une centaine, des habitats individuels. En considérant qu’un habitat collectif regroupe en moyenne 13 foyers, la population ayant rencontré des perturbations et les ayant effectivement signalé à l’ANFR peut être estimé à environ 5000 foyers. Par ailleurs, cette expérimentation a permis de déterminer que la distance maximale entre une station 4G perturbatrice et l’adresse brouillée est de 1000 mètres environ, la distance moyenne à la station perturbatrice étant d’environ 300 mètres.

La quasi-totalité des dysfonctionnements rencontrés (99 %) était due aux signaux électromagnétiques 4G-800 MHz, saturant les installations de réception, provoquant des perturbations voire une perte totale de la réception des chaînes de la TNT. Ce problème a été résolu à chaque fois en insérant un filtre approprié sur ces installations.

Il est important de noter, à l’issue de cette expérimentation, que toutes les zones du territoire français ne sont pas équivalentes au regard du risque de perturbation par les signaux 4G-800 MHz : selon le niveau de champ reçu en TNT et à l’issue de l’expérience des opérations de passage au tout numérique, chaque zone présente sa criticité propre. Dans ce cadre l’expérimentation de Saint-Étienne a été considérée comme à criticité élevée.  

De par sa préparation, son organisation et son déroulement, l’expérimentation de Saint-Étienne a permis de répondre aux objectifs qui avaient été fixés, tant sur le plan technique et opérationnel que sur celui de la communication. Elle a permis une meilleure connaissance de la qualification des brouillages et de leur remédiation, ceci dans des délais réalistes.