Les effets de la pornographie chez les adolescents

Date de publication : mercredi 24 novembre 2004

Les résultats de l'enquête

Cette enquête apporte une certain nombre de réponses à plusieurs questions importantes.

- Combien de garçons et de filles ont vu des images pornographiques durant les douze derniers mois ?
80 % des garçons entre 14 et 18 ans et 45 % des filles du même âge déclarent avoir vu au moins une fois un film X durant l'année passée. Si les filles l'ont vu principalement à la télévision, les garçons l'ont visionné aussi en vidéo et sur internet. 34 % des garçons (contre 6 % des filles) déclarent même avoir vu des images X à la TV, en vidéo et sur internet.

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- Combien de fois les garçons et les filles ont vu des films pornographiques (TV, vidéo) durant les douze derniers mois ?
Si la majorité des jeunes ont vu quelquefois des films X, près d'un garçon sur quatre contre une fille sur cinquante en a vu fréquemment (au moins dix fois durant l'année).
Entre 14 et 15 ans, la proportion de jeunes qui ont vu des films pornographiques augmente sensiblement, pour rester stable ensuite. Chez les garçons, de 67 % (14 ans) à 77 % (15 ans) en ont vu au moins une fois, de 18 % (14 ans) à 30 % (15 ans) au moins dix dans l'année. Chez les filles, de 36 % (14 ans) à 45 % (15 ans) en ont vu au moins une fois, 2 % (14 ans) et 3 % (15 ans) en ont vu au moins dix dans l'année. Après cet âge, on observe une stabilité chez les garçons et une légère diminution chez les filles (de 45 % à 15 ans à 42 % à 18 ans). 

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- Que pensent les garçons et les filles de ces images pornographiques ?
L'opinion est bien différente selon qu'on interroge les garçons ou les filles. En effet, les garçons expriment une opinion plutôt positive à l'égard de la pornographie (54 % disent que cela les amuse et les distrait, 34 % que cela leur plaît et 16 % que cela leur est utile), alors que les filles notifient leur aversion pour ce type d'images (56 % disent que cela les dégoûte, 28 % que cela les met mal à l'aise, 26 % que cela les choque).

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Quelles sont les caractéristiques sociales et scolaires des jeunes qui regardent les films pornographiques ?
Parmi les caractéristiques étudiées (outre le sexe et l'âge, la zone d'habitation, la situation matrimoniale des parents, le niveau d'études du père et de la mère, le type de scolarité poursuivie, la note scolaire obtenu, l'appréciation scolaire, l'absentéisme scolaire et le redoublement), certaines sont plus ou moins importantes. À partir des résultats d'un modèle statistique complexe ("la régression logistique"), on présentera les variables les plus importantes.
Ainsi, parmi les facteurs familiaux, le niveau d'études du père est le plus important et ce, toute autre variable étant constante par ailleurs. En effet, la fréquence des films X est liée au niveau d'études du père (et on retrouve cette même liaison pour le niveau d'études de la mère). Plus le niveau d'études du père est élevé, moins les jeunes sont des spectateurs assidus (p<0,01(3)). Ainsi, lorsque le père a un niveau d'études supérieur, 22 % des garçons regardent dix fois et plus par an et 20 % des filles regardent plusieurs fois ; lorsque le père a un niveau d'études primaires (ou moins), 30 % des garçons et 28 % des filles sont dans ce cas.
Quant aux variables scolaires, force est de constater qu'il n'y a pas de lien entre le fait de regarder des films pornographiques et la zone d'enseignement (ZEP ou non ZEP) ou le statut de l'enseignement (public ou privé). Ainsi, les jeunes de tout type d'enseignement les regardent avec la même fréquence. Par contre, il y a un lien avec l'appréciation scolaire, l'absentéisme et le redoublement. Ce lien est particulièrement important avec l'absentéisme scolaire (p<0,001) et ce, toute autre variable étant constante par ailleurs. Ainsi, les jeunes "absentéistes", garçons comme filles, sont plus souvent des spectateurs assidus que ceux qui ne sont jamais ou rarement absents. Parmi les garçons souvent absents, 33 % regardent au moins dix fois par mois des films X (contre 17 % parmi ceux qui ne sont jamais absents, ceux qui sont rarement absents se situant à mi-chemin) ; parmi les filles souvent absentes, 35 % regardent au moins plusieurs fois (contre 19 % parmi celles qui ne sont jamais absentes, celles qui sont rarement absentes se situant à mi-chemin). 

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- Quelles sont les caractéristiques personnelles des jeunes qui regardent les films X ?
Parmi les caractéristiques personnelles étudiées (consommation d'alcool, de tabac ou de drogues illicites, dépressivité, tentative de suicide, fugue), certaines s'avèrent plus importantes que d'autres. Comme expliqué précédemment, on propose de considérer les facteurs les plus importants.

. Chez les garçons, le fait de consommer régulièrement de l'alcool (avec comme critère de régularité, le fait de boire au moins dix fois dans le mois) et le fait d'avoir fait une tentative de suicide sont les caractéristiques personnelles les plus associées et ce, toute autre variable étant constante par ailleurs (attention, cela ne permet pas de juger de la relation de cause à effet). Les garçons qui boivent régulièrement de l'alcool sont plus nombreux à être des spectateurs assidus que les autres (34 % versus 22 % regardent des films X au moins dix fois par mois, p<0,001), tout comme les garçons qui ont fait une tentative de suicide (43 % versus 23 % des " non-suicidants " regardent des films X au moins dix fois par mois, p<0,03). 

. Chez les filles, le fait de fumer quotidiennement et d'avoir fait une tentative de suicide sont les caractéristiques personnelles les plus associées et ce, toute autre variable étant constante par ailleurs (attention, ici encore, ne pas conclure à une relation de cause à effet). Ainsi, les filles qui fument quotidiennement sont plus nombreuses à regarder des films X (35 % versus 21 % ont regardé plusieurs fois des films X, p<0,001 ), tout comme les filles qui ont fait une tentative de suicide (42 % versus 23 % des " non-suicidantes " ont regardé des films X plus d'une fois, p<0,002). 

Graphique 9 - Cliquez pour agrandir

(3) Cette donnée indique une corrélation statistiquement significative.


Consultez aussi le bilan 2003 de la protection des mineurs à la télévision et le dossier complet sur la protection des mineurs dans les médias audiovisuels.