Le démarrage de la TNT : MPEG 2 ou MPEG 4 ?

Date de publication : mercredi 21 juillet 2004
Assemblée plénière du 20 juillet 2004

L'analyse du Conseil

1. Lors des réponses à la consultation publique lancée par le CSA, en février 2004, sur l'utilisation des capacités du multiplex R5, la quasi-totalité des acteurs de la TNT (éditeurs de service, diffuseurs techniques, candidats à la distribution commerciale) a souhaité que le démarrage de la TNT se fasse en utilisant la norme en vigueur en France et en Europe, à savoir la norme MPEG2. L'usage de cette norme permet de lancer la TNT avec des équipements (adaptateurs, décodeurs) fiables, simples et peu coûteux.
Seul le groupe TF1 s'est prononcé en faveur d'un changement de norme, avec l'adoption de MPEG4, conduisant à une refonte complète du projet TNT et introduisant la haute-définition pour les seules chaînes historiques. M6 pour sa part a fait valoir les avantages procurés par MPEG4.
 
2. La normalisation de la diffusion de la télévision numérique terrestre en compression MPEG4 n'est pas encore achevée : le codage MPEG4 est normalisé mais son intégration dans la norme de diffusion DVB fait toujours l'objet de travaux.
 
3. Aucun pays n'utilise aujourd'hui la norme MPEG4 en TNT, ni pour la télévision standard, ni pour la télévision haute-définition.
Une récente mission d'étude au Japon et en Corée-du-Sud - qui sont parmi les pays les plus avancés dans ces domaines - a permis de vérifier que la norme utilisée pour la TNT dans ces pays était MPEG2 et qu'ils n'envisageaient pas de l'abandonner au profit de MPEG4 (MPEG4 est simplement utilisée pour compacter les images destinées à la diffusion vers les mobiles).
 
4. La compression MPEG4 est complexe ; la diffusion de programmes en direct nécessite des codeurs "temps réel" qui n'existent qu'à l'état de prototypes à ce jour pour les décodeurs ; il est difficile d'apprécier à quel rythme pourra se développer un marché à grande échelle des circuits intégrés correspondants et, par conséquent, quel sera le rythme de baisse des prix ; le processus risque d'être relativement long.
 
5. Quant à la télévision haute-définition - dont le développement est évidemment souhaitable et doit être préparé - elle nécessitera une recomposition et une validation de toute la chaîne audiovisuelle ; elle nécessitera aussi, pour profiter de la qualité de l'image, l'achat de nouveaux téléviseurs, notamment à écrans plats, dont le prix reste très élevé (1). Certes, ces prix vont baisser rapidement mais les téléviseurs haute-définition resteront pendant de nombreuses années encore un produit haut de gamme. La télévision haute-définition ne se développera donc que progressivement et restera durablement un service coûteux.
 
6. A l'inverse, le processus de lancement de la TNT est engagé et il est important que la France ne prenne pas de retard par rapport aux principaux pays industriels qui ont déjà démarré ce nouveau mode de diffusion, qui permettra notamment d'arrêter la diffusion analogique et de récupérer les fréquences correspondantes pour de nouveaux usages (notamment la télévision haute-définition).
 
7. La proposition a été faite de modifier l'arrêté interministériel fixant la norme MPEG2 pour la TNT et d'ouvrir la possibilité de choix entre MPEG2 et MPEG4.

Une telle proposition apparaît comme prématurée, inopportune et lourde de conséquences :
- prématurée, car il est établi qu'aucun décodeur à la norme MPEG4 ne sera disponible en série pour le 1er mars 2005, date de démarrage de la TNT.
- inopportune, car envisager une modification de la norme en pleine période de lancement de la TNT ou même laisser planer un doute sur la bonne norme à retenir crée une situation d'incertitude très nuisible au projet. Les opérateurs de multiplex hésitent à conclure leurs contrats de diffusion dont la signature est pourtant devenue urgente pour respecter le calendrier de lancement. Avant de passer commande de ses décodeurs pour la TNT, Canal+ demande confirmation que seule la norme MPEG2 sera retenue pour le lancement des services de télévision numérique terrestre.
- lourde de conséquences, car donner la possibilité de choisir entre le format actuel MPEG2 et le nouveau format MPEG4 reviendrait, en fait, à retarder de façon importante le lancement du projet. Pour faire cohabiter ces deux normes sur les multiplex, il faudrait régler une série de conflits entre éditeurs de services et, selon toute vraisemblance, recomposer les multiplex, ce qui est tout à fait incompatible avec le respect du calendrier fixé.
  
(1) aujourd'hui au Japon, dans les grandes surfaces, entre 2 200 euros et 7 500 euros.

 

Le démarrage de la TNT : MPEG 2 ou MPEG 4 ?