Saisine d'Act Up sur la diffusion de programmes pornographiques montrant des relations sexuelles non protégées : le CSA écrit aux opérateurs concernés

Date de publication : mardi 14 février 2006
Assemblée plénière du 17 janvier 2006

L'association de lutte contre le sida Act Up a écrit au Conseil pour appeler son attention sur les risques liés à la diffusion de programmes à caractère pornographique comportant des relations sexuelles non protégées (sans port du préservatif).
Selon cette association, les chaînes diffusent de plus en plus de programmes à caractère pornographique comportant des relations sexuelles non protégées. "Ce phénomène pose deux problèmes, écrit Act Up, celui de la sécurité des modèles qui tournent dans ces films et celui de leur impact sur les comportements de prévention des spectateurs.
Les risques pris par les modèles lors des tournages de relations sexuelles non protégées sont réels [...]. Dans une certaine mesure, la diffusion de films pornographiques non protégés s'apparente à celle de snuff movies (1) : les spectateurs assistent à une contamination réelle, et non simulée.
Mais ce phénomène a aussi des conséquences en termes de banalisation du sida et des impératifs de prévention. Les statistiques prouvent que les programmes pornographiques sont regardés au moins une fois dans l'année par une majorité de Français, toutes catégories confondues ; en particulier, 80 % des garçons entre 14 et 18 ans et 45 % des filles du même âge déclarent avoir vu au moins une fois un film X durant l'année passée, ce qui prouve que la pornographie jour un rôle conséquent dans la construction de la sexualité des adolescents. [...] Ces films conditionnent véritablement les fantasmes sexuels de l'imaginaire collectif.
Dans ce contexte, la recrudescence des productions présentant des rapports non protégés est insupportable. Ces films engendrent une banalisation, voire une valorisation des rapports sexuels à risques. Ils cautionnent l'idée que le préservatif serait obsolète, puisqu'il est exclu des photographies et des tournages pornographiques sur tous supports.
Pourtant, cette année en France, le nombre de personnes vivant avec le VIH n'a jamais été aussi élevé, dépassant le seuil des 150 000. Plus de 6 000 nouveaux diagnostics d'infection au VIH ont été constatés en 2003 dont 73 % étaient liés à des rapports hétérosexuels tandis que 27 % d'entre eux concernaient une transmission par voie homosexuelle.
Loin d'être une maladie curable ou même chronique, le sida est encore une maladie mortelle. Les traitements antirétroviraux employés pour retarder la progression dans la maladie présentent de nombreux effets secondaires [...] et des toxicités à long terme qui peuvent avoir des conséquences sur le diagnostic vital. [...] Plus de 2 000 personnes meurent ainsi tous les ans du sida en France [...].
Toutes ces données montrent l'urgence à freiner la prolifération des films X présentant des rapports non protégés. D'autant que la responsabilisation des producteurs et des distributeurs a pu être efficace un temps : il y a dix ans, il était inenvisageable pour un réalisateur tournant sans préservatif de trouver un distributeur. Aujourd'hui, 35 % du marché de la vidéo X gay en France est estampillé "sans capote" [...], proportion qui atteint plus de la moitié des productions dans le cas du marché hétérosexuel."
 

Pour le CSA, un enjeu de santé publique
 
Le président Baudis et Agnès Vincent-Deray, présidente du groupe de travail sur la protection du jeune public et la déontologie des programmes, ont reçu, le 16 janvier 2006, les responsables d'Act Up pour évoquer l'ensemble de ces sujets.
Le 17 janvier, le Conseil a décidé d'écrire aux responsables des chaînes autorisées à diffuser des programmes de catégorie V : XXL, Multivision, TPS Star, TPS Cinéstar, Canal+, Kiosque, CinéCinéma Frisson et Pink TV. Ces chaînes se sont engagées dans leur convention avec le CSA à ne pas diffuser de programmes incitant à des comportements préjudiciables à la santé publique et à ne pas inciter à des pratiques ou des comportements délinquants ou inciviques. Or, a souligné le CSA, la diffusion de programmes à caractère pornographique dans lesquels des relations sexuelles entre partenaires occasionnels ne sont pas protégées comporte un risque d'incitation à des comportements préjudiciables à la santé publique ou à des comportements délinquants, tendant à la mise en danger de la vie d'autrui.
Le Conseil leur a demandé de l'informer des mesures qu'elles prennent à ce sujet dans le choix de leurs programmes. Il leur a également demandé de ne pas diffuser de programmes à caractère pornographique dans lesquels les relations sexuelles ne sont pas protégées et leur a précisé qu'il estimerait salutaire qu'elles diffusent régulièrement des messages de prévention tels que ceux disponibles auprès des organismes publics chargés de la lutte contre le sida.
 

(1) Film pornographique au cours duquel un participant est réellement assassiné.