Émission « Le Débarquement 2 » sur le Rwanda : Canal+ mise en demeure

Date de publication : mercredi 29 janvier 2014
Assemblée plénière du 22 janvier 2014
Journal officiel du 25 février 2014, decision n°2014-40

Au cours de l’émission Le Débarquement 2 du 20 décembre 2013, rediffusée les 31 décembre 2013 et 1er janvier 2014, Canal+ a programmé une séquence intitulée « Rendez-vous en terre inattendue » qui parodiait plusieurs émissions de télévision existantes. Cette séquence mettait en scène une émission fictive se déroulant au Rwanda, au cours de laquelle deux célébrités et un animateur rencontraient un jeune Rwandais présenté comme un survivant du génocide perpétré dans ce pays. 

Le Conseil a considéré que certains propos tenus dans cette séquence portaient atteinte à la dignité de la personne humaine, en dépit du genre humoristique auquel elle entendait être rattachée. Un des personnages, relatant ses démarches pour adopter un enfant rwandais, a indiqué que la famille de ce dernier avait été retrouvée, l’obligeant ainsi à « en choisir un autre » et à demander « à voir la carte du village rasé, pour être sûr que tout le monde y était resté » ; qu’il est même allé jusqu’à s’écrier « Génocide, génocide » et que, malgré la qualification de génocide des exactions commises au Rwanda, « il y en a encore un paquet en pleine forme » : de tels propos sont en eux-mêmes et quel que soit leur contexte, attentatoires aux personnes frappées par un génocide.

En outre, un second personnage a interprété une chanson présentée comme étant de tradition rwandaise et inspirée de la comptine enfantine Fais dodo Colas mon petit frère en chantant « Maman est en haut, coupée en morceaux, Papa est en bas, il lui manque les bras », faisant ainsi une référence explicite, sur le mode de la dérision, à des corps de victimes décédées et de survivants mutilés.

En conséquence, le Conseil a mis en demeure Canal+ de respecter à l’avenir les dispositions de l’article 1er et du 1er alinéa de l’article 15 de la loi du 30 septembre 1986, ainsi que les stipulations du I de l’article 21 de sa convention.