Discours du président Olivier Schrameck au Salon de la Radio - vendredi 26 janvier 2018

Date de publication : vendredi 02 février 2018


Discours d’Olivier Schrameck, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel au Salon de la Radio 2018
Seul le prononcé fait foi.

 

Chers amis,

C’est un grand plaisir de participer, après la précédente, à cette 15ème édition du Salon de la radio et je tiens à remercier d’abord son organisateur, Monsieur Philippe Chapot, pour la qualité de ce rendez-vous désormais primordial des professionnels de la radio dans leur diversité– je pense en particulier aux exposants, prestataires de diffusion, fournisseurs de matériel, de logiciels, de contenus, écoles de formation aux métiers de la radio, que j’aurai grand intérêt à rencontrer dans quelques minutes.

Je salue aussi, cher Philippe, l’outil précieux que constitue pour chacun de nous, La Lettre Pro.

Mais aussi, à titre personnel, je souligne votre engagement ancien et énergique en faveur du dynamisme des territoires, de leur émergence et de leur désenclavement. Cette approche est plus généralement, vous le savez, celle de nos comités territoriaux de l’audiovisuel sur lesquels je vous invite à vous appuyer de plus en plus.

Notre intérêt pour votre manifestation aura été illustré cette année par une présence considérablement accrue.

Hier, en ouverture, Nicolas Curien vous a entretenu des perspectives nouvelles du développement du DAB+ auxquelles veille notre institution régulatrice.

Et tout au long de cette manifestation, le stand du CSA installé en E09 vous accueille pour répondre à toutes vos questions à l’aide d’une documentation riche et concrète.

Enfin, en qualité du Président du CSA, j’ai tenu malgré de lourdes contraintes qui m’ont retenu hier à Bruxelles, à être parmi vous et partager, en dépit de difficultés dont nous avons ensemble conscience, la résolution et l’optimisme qui doivent nous inspirer.

*

La radio, faut-il le rappeler, est notre cœur de métier à la fois technologique, économique et culturel. Il nous appartient en particulier d’assurer la meilleure allocation des ressources disponibles et de promouvoir tous les germes d’avenir.

Près de 1000 services autorisés exploitent plusieurs milliers de fréquences FM sur le territoire métropolitain et dans nos outre-mer.

Bien sûr, je le reconnais sans ambages, il n’a pas toujours été facile au fil des décennies de concilier les exigences de croissance d’un secteur très compétitif avec les nécessités d’une offre plurielle et diverse.

J’ai souvent regretté qu’ait prévalu une approche de flux à la marge.

Mais aujourd’hui, le média radio est entré dans une nouvelle ère, marquée par son déploiement numérique.

Pour autant il reste plus que jamais ce média de l’instantanéité et de l’immédiate proximité avec l’auditeur : non seulement grâce aux nouveaux accès que permettent tout particulièrement les applications mobiles, mais encore grâce aux réseaux sociaux qui facilitent l’interactivité.

Avec le numérique, la radio, média de flux par excellence, devient aussi média de stock, média de patrimoine permettant la valorisation de long cours de sa production, notamment par toutes les formes d’usage délinéarisées qu’il s’agisse du désormais traditionnel podcast, toujours plus recherché mais encore de nouvelles formes d’usage.

La radio peut se recommander aussi de formes de diffusions démultipliées.

 

  • Déclinaisons de web radios enrichissant la programmation linéaire par des thématiques très spécialisées, notamment s’agissant des radios musicales.
  • Production plus récente de podcasts autonomes par lesquels les radios font fructifier leur savoir-faire, stimulent la création de contenus originaux – ces dernières formes de productions sont particulièrement importantes car elles peuvent justifier un financement complémentaire des radios par achat à l’acte ou par abonnement, à l’image des services de VoD ou de SVoD.
  • Développement remarquablement rapide de la radio filmée, qui permet de toucher de nouveaux publics et donne accès à des ressources publicitaires notamment sur les plateformes de partage de vidéo.
  • J’ajoute enfin que la Radio, média de la voix, est directement en lice pour profiter des avancées impressionnantes en matière d’intelligence artificielle, s’agissant du contrôle vocal et de la personnalisation des contenus.
  • Bref, la radio nous parlait, et bientôt, nous parlerons à la radio.

 

Autant de novations qui, en définitive, font que la Radio s’inscrit naturellement dans un écosystème complet de « média global » et que par son intégration aux développements plurimédias, elle devient un passeur de liens numériques.

Il incombe naturellement au régulateur d’accompagner ces progrès très prometteurs.

Trois enjeux me paraissent cruciaux.

 

  • La mesure d’audience d’abord, doit aujourd’hui tenir pleinement compte des nouveaux accès et des nouveaux usages de la radio en croissance constante ; le lancement par Médiamétrie cet automne d’une mesure d’audience « Radio & Musique » en streaming est une étape significative en vue de valoriser pleinement l’audience sur IP. Au-delà, il s’agit là d’un chantier essentiel dans la perspective de l’audimétrie portée.
  • En deuxième lieu importe la pression que nous devons exercer sur le cadre juridique national et européen, notamment en faveur de l’inclusion du streaming dans leur périmètre, et mettre ainsi fin à une asymétrie de régulation très dommageable pour nos radios musicales. A Bruxelles, le combat est difficile. Je m’y suis employé de toutes mes forces hier encore. Nous plaidons pour que la directive européenne ait une base élargie. Et nous comptons sur votre aide et votre soutien à cette fin.
  • En troisième lieu, il importe de développer les leviers de croissance en faveur de l’édition de services de radio hertziens.Ces leviers sont eux-mêmes de trois ordres distincts.

 

La croissance par la syndication de programme, qui permet de lever les incertitudes liées par nature aux appels à candidatures. Elles doit néanmoins être encadrée afin de ne pas constituer un détournement faussant la concurrence.

La croissance par l’obtention de nouvelles fréquences en FM, toujours plébiscitée par le secteur comme en témoigne le succès des appels à candidatures. Cependant, nous convenons

tous que la période des grands allotissements FM est derrière nous et que la ressource disponible est rare. Le CSA n’en a pas moins le souci de toujours poursuivre l’extension de la FM comme il l’a récemment prouvé en publiant sa feuille de route 2018-2019 : quatorze appels aux candidatures, concernant 13 CTA, pourraient ainsi être lancés au cours des années 2018 et 2019, sous réserve des conclusions des études d’impact et des consultations publiques prévues par la loi. Des fréquences nouvelles seront recherchées dans le cadre de cinq CTA. Passé ces deux années, nous approcherons le moment de larges appels généraux provoqués par l’échéance d’un grand nombre d’autorisations : ils pourraient donner l’occasion de mouvements importants.

La croissance par l’obtention de nouvelles fréquences en DAB+, nouvelle appellation plus précise, en harmonie avec l’usage européen et international, appropriée au regard de la distinction d’avec les services de télévision et conforme à vos vœux.

Le printemps de la RNT que j’avais annoncé s’est fait attendre mais pour bénéficier de bien meilleures conditions météorologiques. Dans cette perspective prometteuse, le CSA s’est très clairement engagé grâce aux qualités de rigueur, d’écoute et d’initiative, nourries d’une forte compétence de notre collègue Nicolas Curien. Je tiens à lui rendre ici un hommage particulier.

Comme je tiens à rendre hommage à la Direction des médias radio remarquablement dirigée par François-Xavier Meslon entouré de ses équipes motivées et dynamiques. L’action du Conseil sur le DAB+, à l’opposé d’une logique de substitution, est inspirée par un esprit de diversification et par un double souci de commodité et de fiabilité.

C’est le sens de cette expression forgée par Nicolas Curien d’une façon imagée, le déjà fameux plan des « arcs et des nœuds ».

Le mot d’ordre du CSA est clair : « faire vite et viable » en déployant d’abord le DAB+ sur les grands bassins de vie et les principaux axes de déplacement routier.

A court terme, ce coup d’accélérateur devrait permettre d’atteindre le seuil des 20% de couverture qui déclenchera l’obligation d’équipement numérique de tous les récepteurs radio.

Très souvent, on a opposé les différents modes de diffusion de la radio selon une logique de substitution, alors qu’en réalité ces modes s’additionnent, se complètent et permettent de toucher tous les types de terminaux, du transistor aux smartphones en passant par l’écoute sur ordinateur et toutes les situations d’usage : mobilité, écoute au domicile, en vacances…

C’est dans cette logique que s’inscrit l’action du Conseil sur le DAB+ : une logique de la complémentarité des réseaux, qui vise à faciliter l’accès et l’écoute de la radio. A terme, l’auditeur ne se posera plus la question de son mode d’accès, FM, internet, 4 G, DAB+, mais écoutera sa radio préférée en laissant son récepteur choisir la solution de réception la plus adaptée.

Rien n’aurait été possible, je le souligne aussi, sans votre participation active à notre consultation publique dense et riche par 47 contributions qui méritent les mêmes qualificatifs.

Enfin, dans le cadre d’une approche d’ensemble qui a vocation à s’appliquer à tous les médias, je tiens à souligner qu’au-delà d’une concurrence naturelle et d’une émulation féconde entre éditeurs, les voies de développement se situent aussi dans la fédération de vos efforts dans l’espace numérique.

Je pense en particulier aux synergies des radios indépendantes et des radios associatives par des applications communes de distribution.

 

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Nous avons pleinement conscience que demeurent des préoccupations fortes notamment le financement publicitaire et le tassement des durées d’écoute.

Mais toujours plus présente, à raison de ces renouvellements dont le dynamisme de ses acteurs est le garant, la radio continuera, j’en suis sûr, de conjuguer traditions et innovations au cœur de l’information, au service de notre cohésion nationale et territoriale, en conformité avec les attentes musicales des nouvelles générations.

Grace à votre volontarisme, vos capacités et vos potentialités, y compris les bénévoles particulièrement nombreux, vous êtes toujours réactifs au défi de la modernité.

A l’approche de la Journée mondiale de la Radio qui sera célébrée, vous le savez, le 13 février prochain, votre média peut compter plus que jamais sur l’appui du CSA.

Je souhaite chaleureusement à ce salon tout le succès qu’il mérite et je vous félicite pour le dynamisme qu’il manifeste.

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